Le gouvernement tunisien a récemment mis en œuvre une nouvelle augmentation salariale dans la fonction publique. Présentée comme une mesure destinée à soutenir le pouvoir d’achat, elle se traduit concrètement par des hausses comprises entre 61 et 104 dinars par mois pour plusieurs catégories de fonctionnaires et de retraités.
Les données recueillies par le média indépendant Alqatiba auprès d’un échantillon de salariés et de retraités permettent d’illustrer l’impact réel de cette mesure. https://www.facebook.com/share/p/18VYtC1TMx/
| Catégorie | Avril 2026 (DT) | Mai 2026 (DT) | Hausse (DT) | Hausse (€) |
| Retraité d’une entreprise publique | 3 030 | 3 103 | +73 | +21,6 € |
| Enseignant universitaire | 3 300 | 3 375 | +75 | +22,2 € |
| Directrice d’agence bancaire publique | 3 577 | 3 681 | +104 | +30,8 € |
| Enseignante du secondaire | 1 724 | 1 785 | +61 | +18,0 € |
| Fonctionnaire du ministère des Finances | 2 000 | 2 084 | +84 | +24,9 € |
| Médecin de la santé publique | 3 560 | 3 634 | +74 | +21,9 € |
| Cadre sécuritaire (Ministère de l’Intérieur) | 2 050 | 2 124 | +74 | +21,9 € |
| Colonel retraité de l’armée | 2 904 | 2 972 | +68 | +20,1 € |
Taux de change utilisé : 1 euro ≈ 3,38 dinars tunisiens.
À première vue, ces augmentations semblent substantielles. Pourtant, une lecture plus attentive révèle une réalité beaucoup plus nuancée. Les hausses accordées représentent entre 18 et 31 euros par mois, soit l’équivalent de quelques dizaines de centimes d’euro par jour.
Dans le détail, une enseignante du secondaire passe de 1 724 dinars (environ 510 euros) à 1 785 dinars (528 euros), soit une hausse de seulement 18 euros. Un médecin de la santé publique voit son revenu progresser de 1 053 à 1 075 euros, tandis qu’un fonctionnaire du ministère des Finances gagne environ 25 euros supplémentaires par mois. Même la hausse la plus importante recensée dans cet échantillon, celle d’une directrice d’agence bancaire publique, ne dépasse pas 31 euros.
Ces chiffres prennent une dimension encore plus parlante lorsqu’ils sont comparés au coût de la vie.
À l’approche de l’Aïd al-Adha, le prix du kilogramme de viande d’agneau s’est établi entre 60 et 80 dinars dans plusieurs régions du pays, soit entre 18 et 24 euros. Autrement dit, l’augmentation mensuelle accordée à une enseignante du secondaire correspond pratiquement au prix d’un seul kilogramme de viande d’agneau. Pour la majorité des catégories présentées, la hausse représente à peine un à un kilo et demi de viande.
Cette comparaison, simple mais éloquente, résume le sentiment largement exprimé par les citoyens : les augmentations salariales annoncées sont rapidement absorbées par l’inflation et la hausse continue des prix. Les dépenses alimentaires, les factures d’énergie, le transport ou encore les frais scolaires consomment aussitôt ces quelques dizaines de dinars supplémentaires.
L’infographie met également en évidence les écarts persistants au sein de la fonction publique. Les réactions les plus nombreuses concernent le corps enseignant. Beaucoup s’étonnent qu’une enseignante du secondaire, après des années d’études et d’expérience, perçoive un salaire inférieur à celui de nombreuses autres catégories de cadres publics. Pour certains observateurs, cette situation traduit le déclassement progressif d’une profession autrefois emblématique de la classe moyenne tunisienne.
Il convient toutefois de rappeler que ces données ne constituent pas des statistiques officielles. Elles reposent sur des informations personnelles communiquées volontairement au média par les personnes concernées. L’échantillon reste limité et ne reflète ni l’ensemble de la fonction publique ni les catégories les plus modestes de la population, notamment les salariés rémunérés au salaire minimum ou les retraités percevant de faibles pensions.
Mais au-delà des débats méthodologiques, une image résume à elle seule le ressenti d’une grande partie des Tunisiens : lorsqu’une augmentation mensuelle de salaire équivaut à peine au prix d’un kilogramme de viande acheté pour l’Aïd, il devient difficile de parler d’une véritable amélioration du pouvoir d’achat.
Entre 18 et 31 euros de hausse mensuelle pour des revenus compris entre 500 et 1 100 euros, la mesure apparaît davantage comme un ajustement comptable que comme une réponse à la dégradation continue du niveau de vie de la classe moyenne tunisienne.