Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) condamne avec la plus vive fermeté le verdict prononcé dans la soirée du 21 mai 2026 à l’encontre de Me Chawki Tabib, le condamnant à dix années d’emprisonnement.
Selon les informations disponibles, cette condamnation se compose d’une peine de sept ans de prison pour des accusations de falsification, à laquelle s’ajoutent trois années supplémentaires pour détention et usage de documents considérés comme falsifiés.
Le CRLDHT considère que cette décision judiciaire constitue un précédent extrêmement grave et une nouvelle illustration de l’instrumentalisation croissante de la justice tunisienne à des fins de répression politique et d’intimidation des voix indépendantes.
Ancien bâtonnier de l’Ordre national des avocats et ancien président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, Me Chawki Tabib est une figure reconnue de la défense de l’État de droit, de l’indépendance des institutions et de la lutte contre la corruption en Tunisie.
Le CRLDHT estime que cette affaire est gravement entachée de violations des garanties fondamentales du procès équitable et des droits de la défense. Il souligne notamment que la chambre ayant rendu ce jugement soulève de sérieuses contestations quant à la légalité de sa composition et qu’elle a manifestement ignoré l’immunité pénale attachée à la fonction de président de l’INLUCC ainsi que l’immunité procédurale liée à la qualité d’avocat de Me Chawki Tabib. En dépit de la faiblesse manifeste du dossier et de l’absence d’éléments crédibles justifiant une telle condamnation, le tribunal semble avoir privilégié une logique de conformité aux injonctions politiques au détriment des principes de justice et de légalité. Par ailleurs, les irrégularités relevées lors des précédentes audiences, notamment l’absence de présentation de Me Chawki Tabib malgré son placement en détention, soulèvent de graves préoccupations quant au respect du droit tunisien et des standards internationaux relatifs au droit à un procès juste, indépendant et impartial.
Dans ces conditions, le CRLDHT considère que cette condamnation ne peut être dissociée du climat général de régression autoritaire que connaît actuellement la Tunisie.
Le recours répété et abusif à l’appareil judiciaire contre des personnalités indépendantes participe à l’instauration d’un climat de peur et d’intimidation, fragilise durablement la confiance dans les institutions judiciaires et contribue à la réduction progressive des espaces de liberté, de pluralisme et de participation démocratique.
Le CRLDHT rappelle que l’indépendance de la justice constitue l’un des fondements essentiels de tout État de droit. Lorsque les tribunaux deviennent des instruments de pression politique et que les procédures judiciaires servent à neutraliser les voix critiques, ce sont les droits et libertés de l’ensemble de la société qui se trouvent directement menacés.
Le CRLDHT estime que ce verdict s’apparente à un règlement de comptes personnel mené par Kaïs Saïed contre le bâtonnier Chawki Tabib.
Le CRLDHT exprime sa pleine solidarité avec Me Chawki Tabib, son épouse Mme Meryem, sa famille, ses proches ainsi qu’avec l’ensemble des avocat·es tunisien·nes qui continuent, malgré les pressions croissantes, à défendre les libertés fondamentales et le droit à une justice indépendante.
Le CRLDHT appelle les autorités tunisiennes à respecter leurs obligations constitutionnelles et internationales en matière de droits humains, à garantir l’indépendance de la justice et à mettre fin à l’utilisation des poursuites judiciaires comme outil de répression des opposants, des défenseur·es des droits humains et des voix critiques.
Le CRLDHT appelle également les mécanismes internationaux et régionaux de protection des droits humains, les organisations professionnelles d’avocats, les institutions européennes ainsi que les partenaires internationaux de la Tunisie à réagir avec la plus grande vigilance face à cette nouvelle dégradation de l’État de droit et des libertés fondamentales dans le pays.
Paris, le 22 mai 2026