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Energies renouvelables en Tunisie : transition verte ou dérive opaque ?

La Tunisie veut verdir son énergie. Objectif : 30 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Une nécessité. Une urgence, même.

Mais derrière les centrales solaires et les discours sur la transition écologique (quand ils existent) , une question s’impose avec de plus en plus d’insistance : sommes-nous en train de réussir une transition énergétique… ou d’ouvrir une nouvelle faille dans la souveraineté de l’État ?

Une transition imposée d’en haut

Premier signal d’alerte : ces projets ne sont pas issus d’un processus gouvernemental classique. Ils viennent de la présidence de la République.

Dans tout État qui fonctionne normalement, une réforme énergétique de cette envergure exige : une expertise technique, des arbitrages gouvernementaux et un débat parlementaire approfondi. Et aussi public.

Ici, tout s’accélère. « Le Parlement » valide. Il ne construit pas. Et plus une décision est rapide, moins elle est discutée.

Les « députés » ont voté des textes engageant le pays pour des décennies.
Mais sans accès aux éléments essentiels : les contrats complets, les clauses financières et les mécanismes d’arbitrage.

Or, ces lois ne sont pas symboliques. Elles entérinent des concessions énergétiques lourdes, avec des implications économiques, juridiques et géopolitiques majeures.

Voter sans voir, ce n’est pas légiférer. C’est signer sans lire.

Le précédent Zenith : l’avertissement que personne ne peut ignorer

Et c’est ici qu’un autre dossier, en apparence distinct, vient éclairer brutalement le débat : l’affaire Zenith Energy.

Un contentieux international. Des centaines de millions de dollars en jeu. Des procédures d’arbitrage devant des instances internationales.

Et surtout, une réalité : quand l’État s’engage mal, il paie — longtemps, et très cher.

L’affaire Zenith n’est pas un accident isolé. C’est un révélateur.

Elle montre : la fragilité de la gestion contractuelle, les risques liés aux clauses d’arbitrage international et la difficulté pour l’État de défendre ses intérêts une fois engagé

Et elle a eu un prolongement politique direct : l’éviction du ministre de l’Énergie.

Un départ qui ne peut être réduit à un simple remaniement. Il intervient dans un moment de tension maximale autour : des concessions énergétiques, des engagements internationaux et la gestion du dossier Zenith. Autrement dit : au cœur même de la question de la souveraineté énergétique.

Concessions aujourd’hui, arbitrage demain ?

Le lien entre Zenith et les projets d’énergies renouvelables est évident, même s’il n’est jamais explicitement formulé.

Dans les deux cas : l’État signe des contrats complexes avec des acteurs internationaux, incluant des mécanismes juridiques externes. Et dans les deux cas, une même question se pose : que se passe-t-il en cas de litige ? La réponse est connue : l’arbitrage international.

C’est-à-dire des juridictions hors du contrôle national, des décisions contraignantes et des risques financiers majeurs. Zenith n’est pas le passé. C’est un avertissement sur l’avenir.

Le piège des concessions

Le modèle adopté repose sur des concessions : financement privé, exploitation privée et vente à la STEG .  Sur le papier : c’est l’efficacité. Dans la réalité : la dépendance.

Car ces contrats enferment l’État dans des engagements de long terme, une faible marge de renégociation et une exposition juridique internationale

Autrement dit : on échange une dépendance énergétique contre une dépendance contractuelle.

Financement européen, marchés disputés

Autre tension silencieuse : le financement vient en partie d’Europe. Mais les marchés ne lui sont pas nécessairement attribués. Des acteurs non européens — notamment chinois — entrent dans le jeu. Résultat : des attentes européennes, des choix tunisiens et des frictions potentielles

La transition énergétique devient alors un terrain de rivalité. Et la Tunisie, un espace d’arbitrage… au sens géopolitique cette fois.

Pendant ce temps : les entreprises tunisiennes restent en marge, la technologie est importée et la valeur est incertaine. La transition aurait pu être une opportunité industrielle. Elle risque de devenir un marché externalisé.

Le vrai enjeu : la souveraineté contractuelle

Le problème n’est pas le solaire. Le problème, c’est la manière.

Une transition énergétique réussie ne dépend pas seulement de la production.
Elle dépend de la capacité de l’État à : négocier, encadrer, contrôler, défendre

Or, Zenith a montré une chose essentielle : lorsque cette capacité est défaillante, le coût est colossal.

La Tunisie est à un tournant. Elle peut réussir sa transition énergétique. Ou reproduire, à plus grande échelle, les erreurs du passé.

Aujourd’hui, les signaux d’alerte s’accumulent : centralisation des décisions, opacité des contrats, marginalisation du débat  et précédents juridiques inquiétants

Et une question reste suspendue : sommes-nous en train de construire notre indépendance énergétique… ou de la négocier à long terme devant des tribunaux internationaux ?

Car au fond, la vraie énergie en jeu ici n’est pas seulement solaire. C’est celle de l’État à rester maître de ses choix.

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