Le mois de juillet 2026 a été marqué par une accélération spectaculaire de la répression judiciaire en Tunisie. Magistrats, avocats, journalistes, responsables politiques, militants de la société civile et anciens responsables de l’État ont été successivement condamnés, poursuivis ou maintenus en détention. Les décisions rendues au cours du mois traduisent une intensification du recours à l’appareil judiciaire contre les opposants, tandis que les témoignages provenant des prisons font état d’une dégradation alarmante des conditions de détention, aggravée par une vague de chaleur exceptionnelle, les coupures d’eau et d’électricité et la détérioration des conditions sanitaires.
Le 6 juillet, la justice confirme en appel plusieurs condamnations dans l’affaire Marouane Mabrouk. L’ancien chef du gouvernement Youssef Chahed est condamné à six ans d’emprisonnement dans le dossier relatif au dégel des avoirs de Marouane Mabrouk. Ce dernier est condamné à quatorze ans de prison pour blanchiment d’argent. Les condamnations sont également confirmées contre les anciens ministres Mabrouk Korchid, Ridha Chalghoum, Mohamed Anouar Maarouf et Khemaies Jhinaoui, ainsi que contre Adel Grar, ancien directeur général d’Al Karama Holding, et Lotfi Ben Sassi, ancien conseiller économique. Mehdi Ben Gharbia bénéficie en revanche d’un non-lieu.
Le 8 juillet, la Cour d’appel de Sfax condamne le journaliste et chroniqueur Haythem El Mekki à un an d’emprisonnement. Cette décision infirme un jugement de première instance qui avait prononcé un non-lieu. Initialement poursuivi sur le fondement du décret-loi n°54 relatif aux « fausses informations », il est finalement condamné en application de l’article 86 du Code des télécommunications. L’affaire trouve son origine dans des publications concernant la saturation de la morgue de l’hôpital universitaire de Sfax par les corps de migrants décédés, informations qui seront par la suite confirmées par les autorités elles-mêmes. Craignant une arrestation immédiate, Haythem El Mekki quitte la Tunisie le jour même. Son parcours judiciaire illustre une succession de poursuites engagées depuis 2023 contre plusieurs journalistes.
Le 10 juillet, la chambre correctionnelle du Tribunal de première instance de Tunis condamne Anas Hmaidi, président de l’Association des magistrats tunisiens (AMT), à un an d’emprisonnement. Cette condamnation intervient après plusieurs années de pressions exercées contre les magistrats qui ont défendu l’indépendance de la justice. Révoqué en 2022 lors de la révocation collective de cinquante-sept magistrats, Anas Hmaidi est devenu l’une des principales figures de la contestation des ingérences du pouvoir exécutif dans l’institution judiciaire. Les organisations professionnelles de magistrats et de défense des droits humains dénoncent cette décision comme une nouvelle étape dans la criminalisation de l’action syndicale et de la défense de l’indépendance de la justice. Elle s’ajoute aux procédures visant d’autres magistrats, notamment Hamadi Rahmani, et confirme la poursuite de la politique de mise au pas de la magistrature engagée depuis 2022.
Le 11 juillet, la Cour d’appel confirme la condamnation à quatre ans de prison de Mondher Ounissi, vice-président du mouvement Ennahdha, ainsi que celle de Noureddine Bhiri, ancien ministre de la Justice, également condamné à quatre ans d’emprisonnement, dans l’affaire dite du décès de l’ancien député Jilani Dabboussi. Selon leurs proches, l’annonce du verdict provoque une dégradation brutale de l’état de santé de Mondher Ounissi, qui perd totalement l’usage de la parole. Le médecin de la prison recommande son transfert vers un établissement hospitalier spécialisé. Le détenu refuse toutefois d’être transporté dans les véhicules pénitentiaires qu’il considère incompatibles avec son état de santé et assimilables à un traitement inhumain. L’administration pénitentiaire lui refuse également papier et stylo afin de communiquer avec son avocat, tandis que le tribunal rejette la même demande lors d’une audience dans une autre affaire dite de la « vidéo fuitée ».
Le 13 juillet, la chambre criminelle spécialisée du pôle judiciaire antiterroriste près la Cour d’appel de Tunis alourdit la condamnation du magistrat Béchir Akremi, portant sa peine de vingt-trois à vingt-neuf ans de prison. Détenu depuis le 12 février 2023, l’ancien procureur de la République fait l’objet de plusieurs procédures liées à sa gestion de dossiers sensibles, notamment ceux des assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Cette condamnation, la plus lourde prononcée contre un magistrat depuis la révolution, apparaît comme l’illustration la plus spectaculaire d’une offensive plus générale contre la magistrature indépendante. Après la révocation de cinquante-sept magistrats en 2022, les poursuites visant Anas Hmaidi, Hamadi Rahmani et d’autres juges critiques traduisent la volonté des autorités de réduire les espaces d’autonomie du pouvoir judiciaire.
Le 16 juillet, la chambre d’appel du Tribunal de première instance de Tunis condamne l’avocat et militant Abdennaceur Aouini à un an d’emprisonnement dans une affaire liée à un ancien différend avec un confrère. Selon les informations publiées, le plaignant avait pourtant retiré sa plainte et un jugement de non-lieu avait été rendu auparavant en première instance.
Le 17 juillet, le journaliste Hichem Snoussi, ancien membre de la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA), est condamné à six mois d’emprisonnement dans une ancienne affaire introduite par Nabil Karoui pour avoir publié des informations relatives à l’actionnariat de la chaîne Nessma TV, pourtant considérées comme relevant du droit à l’information.
Au cours de la seconde quinzaine du mois, Hamza Belloumi, Insaf Boughdiri et Sofiane Ben Hamida découvrent qu’ils ont été condamnés par défaut à un an d’emprisonnement dans une affaire remontant à une émission diffusée en 2015 à la suite d’une plainte déposée par l’ancien président Moncef Marzouki. Les trois journalistes affirment n’avoir jamais été régulièrement convoqués devant les juridictions et annoncent leur opposition aux jugements.
Le mois de juillet est également marqué par la poursuite de la détention de plusieurs défenseurs des droits humains. Les organisations signataires du mémorandum publié à l’occasion du troisième anniversaire du protocole d’accord entre la Tunisie et l’Union européenne réclament la libération immédiate de Saadia Mosbah, Abdallah Saïd, Chérifa Riahi, Mustapha Jemmali, Abderrazek Krimi et d’autres militants poursuivis pour leurs activités de solidarité avec les migrants.
Les conditions de détention demeurent particulièrement préoccupantes. À la prison de Mornaguia, les familles décrivent des températures dépassant les 50 °C dans les salles de visite, des cellules transformées en véritables étuves, des coupures d’eau et d’électricité, une surpopulation chronique et un accès insuffisant aux soins médicaux. Les proches de plusieurs prisonniers politiques alertent sur les conséquences de cette situation pour les détenus âgés ou souffrant de maladies chroniques. Le cas de Mondher Ounissi, dont l’état de santé s’est fortement dégradé après sa condamnation, illustre la gravité de cette situation.
Enfin, le mois de juillet confirme la poursuite de la répression contre les professionnels des médias. Aux nouvelles condamnations prononcées contre Haythem El Mekki, Hichem Snoussi, Hamza Belloumi, Insaf Boughdiri s’ajoutent les peines déjà exécutées ou en cours visant Mourad Zeghidi et Borhen Bsaïs, condamnés chacun à quatre ans d’emprisonnement, ainsi que Sonia Dahmani, dont les condamnations cumulées atteignent cinq ans et huit mois de prison.
Au terme de ce seul mois de juillet 2026, le bilan est particulièrement lourd : un magistrat condamné à vingt-neuf ans de prison, un président de l’Association des magistrats tunisiens condamné à un an, un ancien chef du gouvernement condamné à six ans, un homme d’affaires condamné à quatorze ans d’emprisonnement, plusieurs anciens ministres et hauts responsables de l’État condamnés dans la même affaire, des responsables politiques maintenus en détention et condamnés à quatre ans de prison, un avocat condamné à un an, plusieurs journalistes condamnés à des peines allant de six mois à un an d’emprisonnement, tandis que d’autres demeurent déjà incarcérés à la suite de condamnations antérieures.
Au terme de ce seul mois de juillet 2026, le bilan est particulièrement lourd : un magistrat condamné à vingt-neuf ans de prison, un président de l’Association des magistrats tunisiens condamné à un an, un ancien chef du gouvernement condamné à six ans, un homme d’affaires condamné à quatorze ans d’emprisonnement, plusieurs anciens ministres et hauts responsables de l’État condamnés dans la même affaire, des responsables politiques maintenus en détention et condamnés à quatre ans de prison, un avocat condamné à un an, plusieurs journalistes condamnés à des peines allant de six mois à un an d’emprisonnement, tandis que d’autres demeurent déjà incarcérés à la suite de condamnations antérieures.
À ce tableau s’ajoutent la poursuite des procédures contre des défenseurs des droits humains, des magistrats et des militants associatifs.
La répression s’étend désormais jusqu’à la gestion de la crise sociale : alors que les pénuries d’eau et les coupures répétées d’électricité provoquent une multiplication des mouvements de protestation en pleine canicule, les autorités privilégient une réponse sécuritaire et judiciaire. Kaïs Saïed affirme que ces interruptions ne relèvent pas de simples défaillances techniques mais d’actes délibérés destinés à attiser le mécontentement populaire, tandis que les autorités annoncent l’ouverture d’enquêtes judiciaires pour identifier et poursuivre les personnes soupçonnées d’en être responsables.
Cette approche rompt avec les précédents grands blackouts de 2002 et de 2014, qui avaient donné lieu à des commissions d’enquête techniques chargées d’analyser les causes structurelles des dysfonctionnements du réseau électrique. Comme le souligne Abdelaziz Halleb, ancien rapporteur de ces commissions, l’orientation retenue en 2026 privilégie désormais la recherche de responsabilités pénales plutôt que l’identification des causes techniques et des défaillances de gouvernance.
Dans le même temps, le pouvoir recourt de manière sélective au droit de grâce : la grâce présidentielle accordée à Ayachi Zammal et à Wadii Jary rappelle que la liberté de certains dépend moins des mécanismes ordinaires de la justice que d’une décision discrétionnaire du chef de l’État. Ce contraste entre une répression judiciaire toujours plus étendue et un usage ponctuel de la grâce présidentielle renforce l’impression d’une justice soumise à l’arbitraire du pouvoir exécutif. À cette judiciarisation croissante de la crise sociale s’ajoute une dégradation continue des conditions de détention, aggravée par la canicule, les pénuries d’eau et les coupures d’électricité. Pris dans leur ensemble, ces événements témoignent d’une instrumentalisation forcenée de la justice, qui dépasse désormais la répression des opposants politiques pour s’étendre à la gestion des crises sociales, et d’un recul continu des garanties fondamentales du procès équitable, de l’indépendance de la justice et des libertés publiqu