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Les menaces contre Hamma Hammami, symptôme d’un climat de haine entretenu contre les opposants

Une vidéo de quelques minutes, diffusée massivement sur les réseaux sociaux au milieu du mois de juillet 2026, marque un nouveau seuil dans la dégradation du climat politique tunisien. Son auteur, présenté comme un partisan du président Kaïs Saïed, ne se contente pas d’insulter les opposants : il appelle explicitement à leur exécution. Au premier rang des personnes visées figure Hamma Hammami, secrétaire général du Parti des travailleurs.

Ces propos ne relèvent ni de la polémique politique ni de la simple outrance verbale. Ils constituent des menaces de mort publiques, assumées, nominatives, diffusées à visage découvert devant des dizaines de milliers d’internautes.

Mais au-delà de leur gravité intrinsèque, ces appels au meurtre s’inscrivent dans un contexte plus large : celui de l’installation progressive d’un climat de violence politique qui accompagne la dérive autoritaire du régime tunisien.

Une violence qui ne vient pas de nulle part

Depuis le 25 juillet 2021, la répression s’est progressivement étendue bien au-delà des tribunaux et des prisons.

Les arrestations arbitraires, les procès politiques, les condamnations de journalistes, d’avocats, de magistrats et d’opposants se sont multipliés. Dans le même temps, le discours officiel a progressivement transformé les adversaires politiques en ennemis de la nation. Les opposants sont régulièrement présentés comme des « traîtres », des « comploteurs », des « mercenaires » ou des « agents de l’étranger ». Cette rhétorique ne se contente pas de discréditer les voix critiques ; elle les désigne comme des ennemis qu’il serait légitime de combattre.

En criminalisant systématiquement toute opposition, le pouvoir crée un climat dans lequel certains de ses partisans se sentent investis d’une mission de « défense » du président et de la nation. La frontière entre la violence verbale et l’appel au passage à l’acte devient alors de plus en plus ténue.

Les précédents : une violence encouragée par l’impunité

Les menaces visant Hamma Hammami ne surgissent pas dans un vide. Elles sont l’aboutissement d’un processus de banalisation de la violence politique engagé depuis plusieurs années.

Depuis le coup de force du 25 juillet 2021, les appels à la violence contre les opposants se sont multipliés sans susciter de réaction des autorités. Des chroniqueurs et influenceurs proches du pouvoir ont publiquement appelé à « bastonner » les opposants, considérant que la violence physique constituait une réponse légitime aux adversaires du régime. Sur les réseaux sociaux, des campagnes de haine ont visé des responsables politiques, des avocats, des journalistes, des magistrats et des défenseurs des droits humains. Les appels à « liquider les traîtres », à « pendre les comploteurs », à « nettoyer le pays » ou à « achever le travail du 25 juillet » sont devenus récurrents.

Des personnalités comme Ahmed Nejib Chebbi, Jawhar Ben Mbarek, Issam Chebbi, Ghazi Chaouachi, Chaïma Issa, Ayachi Hammami, Samir Dilou, Ahmed Souab, Sonia Dahmani, Mohamed Boughalleb, Mourad Zeghidi, Haythem El Mekki, ainsi que de nombreux magistrats et défenseurs des droits humains, ont été la cible de campagnes d’intimidation, de menaces ou d’appels à la violence.

Dans leur immense majorité, ces faits sont restés impunis. Aucune poursuite significative n’a été engagée contre les auteurs de ces appels à la violence, alors même que des citoyens sont régulièrement poursuivis, arrêtés et condamnés pour de simples publications critiques sur Facebook ou pour l’expression pacifique d’une opinion politique. Cette différence de traitement a progressivement installé l’idée que l’incitation à la violence contre les opposants pouvait être exercée sans risque judiciaire. L’impunité d’hier a préparé les violences d’aujourd’hui.

Hamma Hammami : un seuil supplémentaire est franchi

L’affaire Hamma Hammami marque cependant un tournant particulièrement inquiétant.

Il ne s’agit plus d’appels à « corriger » ou à « bastonner » les opposants. Un individu appelle publiquement, à visage découvert, à l’assassinat d’un responsable politique identifié. Il affirme être prêt à passer lui-même à l’acte en déclarant : « Laissez-moi le tuer », « Moi, celui-là, je le tue ». Il étend ensuite ses menaces à d’autres personnalités vouloir les réunir, les attacher avec une chaîne et les exécuter.

Les personnes visées sont qualifiées de « traîtres », de « mercenaires » et de « chiens », reprenant presque mot pour mot le vocabulaire utilisé depuis plusieurs années pour désigner les opposants au pouvoir.

Il ne s’agit plus ici d’un débat politique. Il s’agit d’une incitation explicite au meurtre.

Une inquiétante banalisation

Face à la gravité de ces menaces, Hamma Hammami a décidé de saisir la justice.

La Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) a immédiatement dénoncé la diffusion de cette vidéo et demandé au ministère public d’ouvrir une enquête pénale urgente, sérieuse et indépendante, de poursuivre les auteurs de ces menaces et d’assurer la protection des personnalités visées.

Le Parti des travailleurs a également dénoncé le maintien en ligne de cette vidéo, estimant que les autorités n’avaient pris aucune mesure pour la retirer ni pour engager des poursuites contre son auteur. Le parti considère que cette affaire s’inscrit dans un contexte marqué par la montée du discours de haine et de violence contre les opposants, les journalistes, les militants associatifs et les syndicalistes.

À ce jour, aucune réaction officielle n’a été rendue publique.

Une solidarité qui dépasse les appartenances politiques

Face à ces menaces, la solidarité avec Hamma Hammami relève d’un principe fondamental : aucun citoyen, aucun responsable politique, aucun journaliste, aucun avocat, aucun défenseur des droits humains ne doit risquer sa vie pour avoir exercé sa liberté d’expression ou son engagement politique.

Les menaces visant Hamma Hammami concernent l’ensemble des opposant et, au-delà, tous ceux qui refusent que la violence remplace le débat politique. Hier, des campagnes similaires ont visé d’autres opposants, des journalistes, des magistrats, des avocats ou des militants. Aujourd’hui, elles prennent la forme d’appels publics à l’assassinat. Demain, si rien n’est fait pour les arrêter, elles pourraient se transformer en passages à l’acte.

Toute la solidarité est due à Hamma Hammami, à sa famille, ainsi qu’à toutes les personnalités visées par ces appels criminels. Défendre leur sécurité, ce n’est pas défendre une sensibilité politique contre une autre ; c’est défendre le droit de chaque Tunisienne et de chaque Tunisien à vivre, à s’exprimer et à agir librement sans craindre la violence.

Refuser la politique de la peur

Les menaces de mort contre Hamma Hammami dépassent largement le cas d’une personnalité politique. Elles révèlent une évolution inquiétante de la vie publique tunisienne où la stigmatisation des opposants, les poursuites judiciaires sélectives, les campagnes de haine et les appels à la violence se renforcent mutuellement.

Le danger ne réside pas seulement dans les appels au meurtre eux-mêmes. Il réside dans leur répétition, leur banalisation et surtout dans l’impunité dont bénéficient leurs auteurs. À force de ne pas sanctionner les précédents, le pouvoir laisse s’installer un sentiment d’autorisation implicite. L’impunité d’hier nourrit les violences d’aujourd’hui et prépare celles de demain.

Un pays bascule dans la violence politique lorsque l’État emprisonne ceux qui contestent le pouvoir tout en laissant impunément prospérer ceux qui appellent à leur assassinat. Ce jour-là, ce n’est plus seulement la liberté qui est en danger : c’est la vie même des opposants qui cesse d’être protégée.

Il appartient désormais aux autorités tunisiennes de rompre cette spirale en poursuivant les auteurs de ces appels criminels, en garantissant la protection de toutes les personnes menacées et en réaffirmant que la violence ne saurait, en aucune circonstance, devenir un instrument de la confrontation politique. Car l’histoire enseigne une leçon constante : les assassinats politiques commencent rarement par des armes ; ils commencent presque toujours par des discours de haine auxquels personne ne met fin.

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