Les 18 et 19 avril 2026, le CRLDHT a tenu son Assemblée générale dans un moment charnière.
La situation est désormais sans équivoque : la Tunisie est entrée dans une phase d’autoritarisme installé où la répression n’est plus ponctuelle mais structurelle, où la prison est devenue un outil central de gouvernement, où les libertés sont progressivement vidées de leur substance.
Dans ce contexte, cette Assemblée générale n’avait rien de formel. Elle posait une question simple, mais décisive : comment être utile politiquement aujourd’hui ?
Depuis 2023, le CRLDHT s’est reconstruit. Il a repris pied dans l’espace public, relancé des mobilisations, consolidé ses réseaux, produit de l’analyse, documenté la répression et maintenu une parole libre. Il a tenu dans un contexte difficile, parfois hostile. Mais cette phase est désormais derrière lui.
Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement de maintenir une activité. Il est de donner de la cohérence, de la force et de l’impact à l’action. L’Assemblée générale a permis de clarifier les priorités.
D’abord, une évidence s’impose : la question des prisonnier·es politiques est devenue centrale.
Parce que la prison concentre aujourd’hui toutes les logiques du régime : répression, intimidation, neutralisation des oppositions. Défendre les détenu·es, c’est défendre l’ensemble des libertés.
Ensuite, la question migratoire s’impose comme un front politique majeur. Entre racisme d’État, politiques d’expulsion et externalisation des frontières, elle révèle les liens profonds entre autoritarisme, inégalités et logiques internationales de domination.
Enfin, la question de la souveraineté a été au cœur des discussions et fait l’objet d’une clarification essentielle.
La souveraineté que nous défendons n’est pas celle d’un pouvoir qui se protège. Elle est celle d’un peuple qui exerce ses droits. Nous refusons une conception autoritaire de la souveraineté qui confond le pays avec ceux qui le dirigent, qui instrumentalise l’indépendance pour justifier la répression et qui transforme la critique en trahison.
La souveraineté que nous portons est d’une autre nature :
— une souveraineté fondée sur la citoyenneté, où chaque individu est reconnu comme sujet de droit ;
— une souveraineté fondée sur la liberté, qui garantit le pluralisme, le droit de s’exprimer, de s’organiser, de contester ;
— une souveraineté fondée sur les droits humains, qui ne sont pas une concession mais un socle intangible.
Une souveraineté réelle ne s’oppose pas aux droits. Elle en dépend. Elle ne consiste pas à fermer le pays, ni à faire taire les voix critiques. Elle consiste à construire un État au service de la société et non l’inverse.
Dans ce sens, défendre la souveraineté, ce n’est pas défendre un pouvoir. C’est défendre la dignité, les libertés et la capacité du peuple à décider de son avenir.
L’Assemblée générale a également marqué une étape importante dans la vie du Comité. Plusieurs membres du bureau ont fait le choix de se retirer, dans une logique de transmission et de renforcement collectif. Un nouveau bureau a été élu. Ce renouvellement ne marque pas une rupture, mais une continuité organisée : consolider l’existant, élargir les forces, préparer la suite.
Les débats ont été marqués par une lucidité partagée. Les contraintes sont réelles : ressources limitées, pression sur les équipes, fragilité financière. Mais cette réalité n’appelle ni au repli, ni à la dispersion. Elle impose au contraire un choix clair : hiérarchiser, concentrer, assumer des priorités. Autrement dit : faire moins, mais faire mieux — et surtout, faire juste.
Le CRLDHT doit être un outil.
Un outil pour soutenir celles et ceux qui résistent en Tunisie.
Un outil pour défendre les prisonnier·es politiques.
Un outil pour documenter, alerter, relier, mobiliser.
Dans un contexte où tout concourt à isoler et à faire taire, maintenir une capacité d’action collective est en soi un acte politique.
Cette Assemblée générale ne clôt pas une séquence. Elle en ouvre une nouvelle. Une phase plus exigeante, plus resserrée, mais aussi plus lisible.
Le cap est désormais clair : agir avec cohérence, assumer des priorités, renforcer l’impact
Parce que la situation l’exige. Parce que les luttes continuent. Parce que rien n’est définitivement joué. Le CRLDHT continue. Et il entend peser.