Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) exprime sa profonde inquiétude et condamne avec la plus grande fermeté la nouvelle condamnation prononcée le 3 juillet 2026 contre le militant politique Elyes Chaouachi.
Cette nouvelle peine de quinze années d’emprisonnement porte désormais à 95 ans et 8 mois le total des condamnations prononcées contre lui.
Ce chiffre est à lui seul révélateur de la dérive que connaît aujourd’hui la justice tunisienne. Elyes Chaouachi n’a commis ni acte de violence, ni crime de sang, ni acte terroriste. Il est poursuivi pour ses prises de position, ses publications, son engagement politique et sa défense des prisonniers politiques, au premier rang desquels son père, Ghazi Chaouachi.
Depuis l’arrestation de ce dernier en février 2023 dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État », Elyes Chaouachi n’a cessé d’informer l’opinion publique sur les violations des droits humains, les procès politiques, les atteintes à l’indépendance de la justice et les conditions de détention des prisonniers politiques.
Son engagement s’est traduit par des publications sur les réseaux sociaux, des interventions publiques et la diffusion de documents mettant en cause le fonctionnement de la justice et les ingérences du pouvoir exécutif.
Dans un État de droit, de telles activités relèvent de la liberté d’expression. Elles ne sauraient justifier des poursuites pénales, encore moins des accusations de terrorisme.
Le recours répété à la législation antiterroriste contre un militant pacifique constitue une dérive particulièrement grave. Assimiler des critiques du pouvoir, la dénonciation de faits de corruption ou la défense de prisonniers politiques à des actes terroristes détourne cette législation de son objet et porte une atteinte grave à l’État de droit.
L’affaire Elyes Chaouachi révèle également une évolution très préoccupante. La répression ne touche plus seulement les opposants politiques. Elle vise désormais leurs proches.
Être le fils, la sœur, le frère ou un membre de la famille d’un prisonnier politique devient, à son tour, un motif d’exposition aux poursuites et à la prison.
Cette stratégie vise à isoler les détenus politiques, à réduire leurs familles au silence et à empêcher toute mobilisation en leur faveur.
Le cas d’Elyes Chaouachi n’est malheureusement pas isolé. Ramla Dahmani a été condamnée après avoir publiquement défendu sa sœur, l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani. Me Dalila Msaddek, sœur de Jawhar Ben Mbarek, poursuivi dans l’affaire du « complot », fait également l’objet de poursuites en raison de son engagement public et de sa dénonciation des procès politiques.
Ces affaires traduisent une même logique : faire pression sur les familles pour briser la solidarité autour des prisonniers politiques.
Les condamnations prononcées contre Elyes Chaouachi illustrent cette volonté de faire taire ceux qui dénoncent les abus du pouvoir.
Le CRLDHT rappelle que la liberté d’expression protège en particulier les critiques visant les pouvoirs publics, le fonctionnement de la justice et les questions d’intérêt général. Ces critiques, même lorsqu’elles sont sévères, ne peuvent être assimilées à des actes terroristes.
Le CRLDHT condamne avec la plus grande fermeté l’instrumentalisation de la justice et de la législation antiterroriste à des fins de répression politique. Ces pratiques sont contraires aux engagements internationaux de la Tunisie, notamment au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et aux Principes fondamentaux des Nations unies relatifs à l’indépendance de la magistrature.
Le CRLDHT exprime sa pleine solidarité avec Elyes Chaouachi, Ghazi Chaouachi, Mohamed Sameti, Ramla Dahmani, Me Dalila Msaddek, ainsi qu’avec l’ensemble des prisonniers politiques, des défenseurs des droits humains et des membres de leurs familles.
Le CRLDHT appelle les Nations unies, l’Union européenne, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et l’ensemble des mécanismes internationaux de protection des droits humains à réagir face à cette évolution particulièrement inquiétante. En Tunisie, la répression ne s’arrête plus aux opposants politiques. Elle s’étend désormais à leurs proches afin de les isoler, de les réduire au silence et de décourager toute solidarité.
Lorsqu’un fils est condamné pour avoir défendu son père, lorsqu’une sœur est poursuivie pour avoir soutenu son frère ou sa sœur, ce n’est plus seulement la liberté qui est menacée. C’est le droit même de défendre les victimes de l’injustice qui est remis en cause.