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Le CRLDHT condamne les mesures de harcèlement visant l’espace culturel Le Rio et son directeur Habib Belhedi

Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) exprime sa profonde inquiétude et sa pleine solidarité avec l’espace culturel Le Rio et son directeur Habib Belhedi, confrontés à une nouvelle escalade de mesures administratives et financières qui menacent directement la pérennité de cet établissement emblématique de la vie culturelle tunisienne.

Selon les informations rendues publiques par la direction du Rio, plusieurs décisions successives ont été prises à son encontre : suppression des subventions publiques de fonctionnement et d’équipement, fermeture du café qui constitue une ressource essentielle à son équilibre économique, multiplication des obstacles administratifs, exclusion ou marginalisation de certaines manifestations culturelles nationales, ainsi qu’une absence persistante de transparence quant aux motifs de ces décisions. Ces mesures s’ajoutent à une série de pressions dénoncées depuis plusieurs années par la direction de l’établissement.

Le CRLDHT rappelle que cette situation ne constitue pas un épisode isolé. Dès 2023, Le Rio dénonçait déjà son exclusion des Journées chorégraphiques de Carthage et faisait état d’un harcèlement administratif lié aux prises de position publiques de son directeur. En avril 2025, un événement de soutien aux prisonniers politiques et aux détenus d’opinion organisé dans ses locaux avait été empêché avant même son déroulement, illustrant les difficultés croissantes rencontrées par les espaces accueillant des débats citoyens ou des initiatives indépendantes.

Le CRLDHT considère que l’ensemble de ces mesures dépasse largement le cadre d’un simple différend administratif. Leur accumulation, leur caractère ciblé et leurs conséquences économiques traduisent une volonté manifeste de fragiliser un espace culturel indépendant qui, depuis de nombreuses années, joue un rôle essentiel dans la promotion de la création artistique, du cinéma, du théâtre, du débat d’idées, de la pensée critique et du dialogue entre les différentes composantes de la société tunisienne.

Le Rio est devenu l’un des derniers lieux où peuvent encore se rencontrer artistes, intellectuels, universitaires, journalistes, défenseurs des droits humains et acteurs de la société civile autour de débats libres sur les grandes questions politiques, sociales et culturelles. Porter atteinte à son fonctionnement revient à restreindre un espace essentiel d’exercice des libertés publiques.

Le ciblage de Habib Belhedi, figure reconnue du monde culturel tunisien, apparaît tout aussi préoccupant. Depuis plusieurs années, son engagement en faveur d’une culture libre, ouverte et indépendante lui vaut d’être publiquement exposé à des campagnes de dénigrement, à des mesures de rétorsion administrative et à des tentatives répétées de marginalisation. Dans un État de droit, nul ne devrait subir des pressions en raison des opinions qu’il exprime ou des activités culturelles qu’il organise.

Le CRLDHT inscrit cette affaire dans un contexte plus large de rétrécissement progressif des espaces de liberté en Tunisie depuis le 25 juillet 2021. Après les partis politiques, les organisations de défense des droits humains, les syndicats, les magistrats, les avocats, les journalistes et les médias indépendants, les espaces culturels apparaissent désormais à leur tour comme des cibles d’une politique de contrôle visant toutes les formes d’expression autonome de la société.

La culture ne constitue pas un simple secteur d’activité économique. Elle est un pilier de la société, un lieu de confrontation pacifique des idées, un espace de création et d’émancipation. Les libertés de création artistique, d’expression, d’association et le droit de participer à la vie culturelle sont garantis par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ainsi que par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels la Tunisie est partie. Les autorités tunisiennes ont l’obligation non seulement de respecter ces droits, mais également de créer les conditions de leur exercice effectif, sans discrimination ni représailles.

Le CRLDHT apporte son entier soutien à Habib Belhedi, aux équipes du Rio ainsi qu’à l’ensemble des espaces culturels indépendants confrontés à des formes de harcèlement administratif, financier ou politique. Il salue également la mobilisation des artistes, des acteurs culturels, des organisations de défense des droits humains et de tous ceux qui refusent la disparition progressive des espaces de liberté et de création en Tunisie.

Le CRLDHT appelle les autorités tunisiennes à :

  • mettre immédiatement fin à toutes les mesures de pression exercées contre l’espace culturel Le Rio ;
  • rétablir des conditions de fonctionnement transparentes, équitables et conformes au principe d’égalité devant les institutions publiques ;
  • garantir l’indépendance des acteurs culturels et mettre un terme à toute forme de discrimination fondée sur leurs opinions ou leurs activités ;
  • préserver les espaces culturels indépendants, indispensables au pluralisme, au débat démocratique et à la vitalité de la société tunisienne.

Le CRLDHT réaffirme que la défense des espaces culturels indépendants est indissociable de la défense des droits humains, des libertés publiques et de l’État de droit. Une démocratie ne se mesure pas seulement à l’existence d’institutions ; elle se mesure aussi à sa capacité à protéger les lieux où les citoyens créent, débattent, contestent et imaginent librement leur avenir.

Paris, le 3 juillet 2026

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