Le débat sur le SMIG en Tunisie ne se limite pas à la fixation d’un salaire minimum légal. Il renvoie à une question plus profonde : la capacité réelle des salariés à vivre dignement dans un contexte de hausse durable des prix et de stagnation des revenus.
Les données publiées par le site Al Qatiba (https://www.facebook.com/share/p/1DkC2r8dou/?mibextid=wwXIfr) montrent qu’en 2025, le SMIG en Tunisie s’établit à environ 528 dinars par mois pour le régime de 48 heures de travail par semaine. Cela correspond à environ 155 à 160 euros par mois au taux de change actuel.
Or, l’évolution récente des salaires minimums reste nettement inférieure à celle du coût de la vie. Entre 2021 et 2025, les revalorisations du SMIG ont atteint environ 22,9 %, alors que l’inflation cumulée a dépassé 33 % sur la même période. Autrement dit, les salaires minimums ont augmenté moins vite que les prix, ce qui signifie que le pouvoir d’achat réel des travailleurs a diminué.
Les analyses publiées par Al Qatiba confirment ce diagnostic. Le site souligne que les augmentations successives du SMIG — +7 % en 2024 puis +7,5 % en 2025 — restent insuffisantes pour compenser l’érosion du pouvoir d’achat accumulée durant les années d’inflation élevée. Une étude citée par le site indique qu’un salarié qui gagnait 1500 dinars en 2022 et 1650 dinars en 2025 aurait malgré tout perdu environ 13 % de pouvoir d’achat réel.
La faiblesse relative du salaire minimum tunisien apparaît encore plus clairement lorsqu’on le compare à des pays comparables de la région. Convertis en euros, les salaires minimums mensuels se situent approximativement aux niveaux suivants :
| Pays | Salaire minimum | Équivalent approximatif |
| 🇯🇴 Jordanie | 290 dinars jordaniens | ≈ 375–380 € |
| 🇲🇦 Maroc | 3100 dirhams | ≈ 285–290 € |
| 🇩🇿 Algérie | 24 000 dinars algériens | ≈ 165–170 € |
| 🇹🇳 Tunisie | 528 dinars tunisiens | ≈ 155–160 € |
Ainsi, le SMIG tunisien apparaît parmi les plus faibles de la région. Il est environ deux fois inférieur à celui du Maroc et plus de deux fois inférieur à celui de la Jordanie, tandis qu’il se situe légèrement en dessous du salaire minimum algérien selon les fluctuations du taux de change.
Les visuels publiés par Al Qatiba soulignent également un autre point essentiel : en Tunisie, le SMIG ne constitue pas seulement un plancher salarial. Il sert aussi de référence pour une partie importante des droits économiques et sociaux, notamment :
certains mécanismes de sécurité sociale,
les calculs liés aux pensions et retraites,
l’accès à certains dispositifs publics comme le logement social, les crédits subventionnés ou certaines formes d’assurance maladie.
Autrement dit, lorsque le SMIG reste trop bas, ce n’est pas seulement le revenu direct des travailleurs qui est affecté : c’est l’ensemble de l’architecture de protection sociale qui est tirée vers le bas.
Enfin, les études récentes indiquent que le salaire moyen dans le secteur privé tunisien tourne autour de 665 dinars, alors que le coût de la vie pour une famille de quatre personnes dans les grandes villes est estimé à au moins 3000 dinars par mois pour couvrir les besoins essentiels. Cet écart croissant entre revenus et dépenses explique la pression sociale croissante, la fragilisation de la classe moyenne et la multiplication des stratégies de survie économique.
Ainsi, la question du SMIG dépasse largement celle d’un simple indicateur économique. Elle constitue aujourd’hui un révélateur de la crise sociale tunisienne :
perte progressive du pouvoir d’achat,
compression durable des bas salaires,
affaiblissement des protections sociales,
et difficulté croissante pour une partie importante de la population de maintenir un niveau de vie décent.
Dans ce contexte, le débat sur la revalorisation du SMIG ne concerne pas seulement quelques centaines de milliers de travailleurs payés au minimum légal. Il touche en réalité une large zone de bas salaires qui concerne près de la moitié des salariés du secteur formel, dont les rémunérations restent directement ou indirectement indexées sur ce seuil.