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Boutheina Ben Yaghlane : un an de détention sans jugement

Le 2 octobre 2026, Boutheina Ben Yaghlane aura passé une année entière en prison. Ancienne directrice générale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), ancienne secrétaire d’État aux Finances et universitaire, elle est détenue depuis le 2 octobre 2025 dans le cadre d’une instruction ouverte au pôle judiciaire économique et financier.

Un an après son incarcération, aucune condamnation n’a été prononcée contre elle. Aucun procès public n’a été annoncé. Les faits qui lui seraient personnellement reprochés, les éléments retenus contre elle et les raisons concrètes qui justifieraient encore son maintien en prison ne sont pas connus de manière précise.

Une affaire née autour de la gestion de la CDC

À la fin de septembre 2025, le parquet du pôle judiciaire économique et financier a ouvert une enquête sur la gestion de la Caisse des dépôts et consignations. L’instruction concerne des soupçons de corruption financière et administrative, ainsi que les conditions dans lesquelles des prêts, financements et facilités auraient été accordés à des entreprises privées.

Le dossier est vaste. La presse a évoqué plus de quarante personnes concernées, parmi lesquelles d’anciens responsables du ministère des Finances. La Cour des comptes avait également relevé des insuffisances et des défaillances de procédures dans la gestion de la CDC. Mais les insuffisances de gouvernance d’une institution, aussi graves soient-elles, ne suffisent pas à établir la culpabilité pénale personnelle d’une personne déterminée.

Une enquête sérieuse était donc nécessaire. Elle devait établir les responsabilités de chacun, sur la base de faits précis, de décisions identifiées et de preuves contradictoirement discutées. Elle ne devait pas devenir un mécanisme d’emprisonnement prolongé sans jugement.

Les épisodes de l’affaire

Le 1er octobre 2025, le juge d’instruction a délivré des mandats de dépôt contre l’homme d’affaires Ahmed Abdelkéfi et un ancien haut responsable lié au ministère des Finances, dans le même dossier.

Le lendemain, 2 octobre 2025, Boutheina Ben Yaghlane a, à son tour, été placée sous mandat de dépôt. Elle est alors devenue détenue provisoire dans une affaire qui porte sur sa période à la tête de la CDC, fonction qu’elle avait exercée d’avril 2016 à août 2021.

Le 29 mars 2026, le juge d’instruction a ordonné une première prolongation de quatre mois de sa détention provisoire, ainsi que celle de l’ancien responsable du ministère des Finances concerné par la procédure.

À la fin juillet 2026, une seconde prolongation de quatre mois a été décidée. Pendant ce temps, Ahmed Abdelkéfi a été remis en liberté contre une caution de 25 millions de dinars. Boutheina Ben Yaghlane, elle, est restée en prison.

À ce jour, aucune information publique fiable ne permet d’affirmer qu’elle a été renvoyée devant un tribunal ou qu’une audience de jugement a été fixée.

La détention provisoire ne peut devenir une peine

En droit tunisien, la détention préventive est une mesure exceptionnelle. Elle ne peut être justifiée que par des motifs précis : empêcher une fuite, prévenir une entrave à l’enquête ou répondre à une nécessité concrète de l’instruction. Elle doit être motivée et contrôlée.

Or, Boutheina Ben Yaghlane est détenue depuis un an. L’instruction a eu le temps de recueillir les documents, d’entendre les personnes concernées et de procéder aux expertises nécessaires. Rien ne peut justifier que le silence sur les charges individualisées et l’absence de procès se prolongent indéfiniment.

Le maintien en prison d’une femme qui a une résidence connue, une carrière universitaire, des responsabilités publiques anciennes et des attaches familiales évidentes doit être exceptionnellement justifié. Il ne peut être fondé sur l’ampleur médiatique d’un dossier, sur des soupçons généraux ou sur le besoin de donner à l’opinion publique l’image d’une lutte contre la corruption.

Une détenue trop souvent oubliée

Boutheina Ben Yaghlane est aujourd’hui l’une des femmes détenues dont le nom est trop rarement cité. Son parcours politique, son ancienne appartenance à Ennahdha ou les polémiques qui entourent la décennie passée ne doivent pas la priver des garanties élémentaires dont toute personne a droit de bénéficier.

Exiger sa liberté ne signifie pas nier la nécessité de combattre la corruption. Cela signifie refuser que la détention provisoire devienne une condamnation anticipée et que l’instruction se substitue au jugement.

Nous exigeons la remise en liberté immédiate de Boutheina Ben Yaghlane, sous contrôle judiciaire si la justice estime des garanties nécessaires. Si des charges précises existent, elles doivent être présentées et examinées dans le cadre d’un procès équitable. Si elles n’existent pas ou ne sont pas suffisantes, elle doit être libérée sans délai.

Après un an de détention sans jugement, la liberté de Boutheina Ben Yaghlane est une exigence de justice.

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