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Abdallah Saïd : quand la solidarité avec les migrants devient un prétexte à l’acharnement

Le 28 septembre 2026, la Cour d’appel de Médenine a aggravé la peine infligée à Abdallah Saïd, président de l’association Enfants de la Lune de Médenine. Condamné à un an de prison en première instance, il a finalement été condamné à deux ans de prison ferme sur le fondement de l’article 297 du Code pénal, dans un dossier à caractère financier.

Cette décision prolonge une détention qui dure depuis novembre 2024. Elle retarde de plusieurs semaines une libération qui aurait dû intervenir après l’exécution de la peine prononcée en première instance. Elle consacre surtout un acharnement judiciaire contre un homme dont l’engagement au service des personnes les plus vulnérables est connu et reconnu dans toute la région de Médenine.

Un dossier construit par étapes, au gré des accusations

Abdallah Saïd a été arrêté dans le contexte de la campagne menée contre les associations et les acteurs de la solidarité, particulièrement celles et ceux qui travaillent avec les personnes migrantes et les populations vulnérables.

Au début de l’affaire, les accusations étaient particulièrement lourdes : atteinte à la sûreté extérieure de l’État, terrorisme, blanchiment d’argent. Ces qualifications n’ont finalement pas été retenues. Le dossier a ensuite été centré sur des griefs financiers. Puis, dans son jugement du 21 avril 2026, le tribunal de première instance de Médenine a écarté l’accusation d’appropriation de fonds privés, faute d’éléments constitutifs, et l’a remplacée par celle de « trahison simple », au sens de l’article 297 du Code pénal.

Le parquet a fait appel de cette décision. Cet appel a empêché la libération d’Abdallah Saïd, alors même qu’il avait déjà passé en prison une durée supérieure à la peine d’un an prononcée en première instance. La Cour d’appel a finalement doublé cette peine.

Cette succession d’accusations, de l’antiterrorisme à l’atteinte à la sûreté de l’État, puis au blanchiment et enfin à une infraction financière donne l’image d’un « dossier aux mille chefs d’accusation », dans lequel les qualifications les plus graves disparaissent les unes après les autres, tandis que la détention se poursuit.

Une activité humanitaire transformée en soupçon

Devant la Cour d’appel, Abdallah Saïd a expliqué la nature du travail de son association et le lien entre les dépenses contestées et ses activités humanitaires : prise en charge de personnes vulnérables, accompagnement médical, psychologique et social, soutien aux enfants atteints de xeroderma pigmentosum — appelée maladie des enfants de la lune »— ainsi qu’à d’autres catégories délaissées.

Il a également expliqué que les difficultés bancaires rencontrées par l’association l’avaient conduit à utiliser son compte personnel afin de régler les salaires et les dépenses liées aux activités. La défense a souligné les erreurs et insuffisances méthodologiques du rapport d’expertise sur lequel l’enquête s’est largement appuyée. Elle a rappelé que les bailleurs suivaient les dépenses, recevaient les justificatifs et les rapports financiers, et qu’aucun d’entre eux n’avait porté plainte contre l’association.

La détention même d’Abdallah Saïd a rendu plus difficile la réunion de toutes les pièces justificatives nécessaires à sa défense. Elle a aussi paralysé l’activité de l’association, avec des conséquences directes pour les personnes qui dépendaient de son aide.

La justice devrait examiner sereinement toute question de gestion, dans le respect des droits de la défense et de la présomption d’innocence. Mais elle ne peut servir à criminaliser un engagement associatif ni à détruire, par la prison, une action de solidarité accomplie au grand jour depuis des années.

Une sélectivité qui pose la question du racisme

Le cas d’Abdallah Saïd ne peut être séparé du climat politique qui a accompagné la criminalisation du travail associatif et humanitaire en Tunisie. Les campagnes de stigmatisation ont désigné les associations travaillant avec les personnes migrantes comme responsables de prétendus projets de « colonisation » ou d’installation forcée. Elles ont alimenté une hostilité dangereuse envers les étrangers subsahariens, mais aussi envers les Tunisiens noirs.

Abdallah Saïd est tunisien, d’origine tchadienne et noir. Sa défense a souligné qu’il avait été transformé en bouc émissaire d’un discours officiel et public qui associe trop souvent l’action humanitaire à une menace contre la nation.

Le constat est grave : dans plusieurs affaires similaires visant des militants et responsables associatifs, des personnes ont fini par retrouver la liberté, même après de longues périodes de détention. Mais Saadia Mosbah et Abdallah Saïd, deux figures noires de la société civile tunisienne, demeurent emprisonnés. Cette réalité impose de poser la question du traitement discriminatoire, de la sélection des cibles et du poids des préjugés raciaux dans une campagne qui frappe les acteurs de la solidarité.

Lorsque la répression de l’action associative touche avec une telle dureté deux militants noirs, engagés auprès des populations les plus précaires et des migrants, le silence n’est pas acceptable. Les autorités doivent répondre à cette interrogation par des actes : respect de l’égalité, fin des campagnes de stigmatisation et garanties effectives contre toute discrimination raciale.

La liberté pour Abdallah Saïd

Abdallah Saïd n’aurait jamais dû passer près de deux ans en prison pour des faits liés à l’activité d’une association humanitaire. Sa détention, les poursuites successives, l’aggravation de sa peine en appel et la paralysie de son association constituent une injustice profonde.

Nous exigeons sa libération immédiate, l’annulation de sa condamnation et l’abandon des poursuites engagées contre lui en raison de son action civile et humanitaire.

Nous exigeons également la libération de Saadia Mosbah et la fin de toutes les poursuites qui servent à intimider, disqualifier ou réduire au silence celles et ceux qui défendent la dignité humaine.

Défendre les personnes vulnérables n’est pas un crime. Organiser la solidarité n’est pas une trahison. Et nul ne doit être emprisonné parce qu’il est noir, parce qu’il aide des migrants ou parce qu’il refuse d’abandonner les oubliés de la société.

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