Le 12 octobre 2026, Riadh Ben Fadhel a de nouveau comparu détenu devant la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis, dans le dossier dit des « biens confisqués ». Cette audience faisait suite au renvoi décidé le 28 septembre. À ce jour, aucune décision au fond ni aucune remise en liberté n’a été rendue publique.
Coordinateur général du parti Al-Qotb et entrepreneur, Riadh Ben Fadhel est détenu depuis novembre 2023. D’autres prévenus dans la même affaire comparaissent libres. Ce seul fait pose une question simple : pourquoi maintenir en prison, depuis bientôt trois ans, un homme qui peut être convoqué, entendu et jugé en liberté, dans un dossier où les faits sont anciens, les opérations documentées et les autres protagonistes accessibles à la justice ?
Riadh Ben Fadhel n’a pas été arrêté parce qu’il était en fuite. Il a été interpellé à l’aéroport de Tunis-Carthage, à son retour de l’étranger, le 14 novembre 2023. Après son placement en garde à vue, il a été placé sous mandat de dépôt, le 24 novembre 2023, dans le cadre d’une enquête relative à l’acquisition de biens confisqués et à des soupçons de blanchiment d’argent.
Mais cette affaire n’est ni nouvelle ni impossible à instruire sans emprisonnement. Selon sa défense, les acquisitions en cause ont été réalisées dans le cadre de ventes aux enchères et d’appels d’offres officiels. Les contrats et pièces concernant ces opérations avaient déjà été communiqués au cours d’enquêtes antérieures. Cela ne dispense évidemment pas la justice de vérifier chaque opération, chaque prix et chaque responsabilité. Mais cela rend d’autant plus incompréhensible le maintien d’une détention aussi longue.
L’accusation doit prouver, pour chaque personne poursuivie, un acte précis : une fraude, un avantage indu, une opération de blanchiment ou une participation consciente à une infraction. On ne peut déduire une culpabilité collective du seul fait que les biens étaient confisqués ou que le dossier comporte de nombreux prévenus. La justice doit examiner les appels d’offres, les contrats, les évaluations, les conditions de vente et le rôle des administrations qui ont organisé les cessions. C’est le travail normal d’un procès. Ce travail ne requiert pas que Riadh Ben Fadhel reste enfermé.
Depuis février 2026, les audiences et les reports se succèdent : février, mars, avril, mai, juin, septembre, puis octobre. Les demandes de mise en liberté ont été refusées. Or, chaque report prolonge une détention qui a déjà perdu tout caractère exceptionnel. La détention provisoire n’est pas une peine. Elle ne peut servir ni à anticiper une condamnation, ni à compenser les lenteurs de l’instruction, ni à maintenir un prévenu hors de la vie publique.
Une autre affaire, distincte, démontre d’ailleurs l’absurdité de cette situation. En mai 2024, Riadh Ben Fadhel avait été condamné à quatre ans et six mois de prison dans un dossier douanier et bancaire. En avril 2025, la cour d’appel a annulé ce jugement et arrêté les poursuites après régularisation de sa situation financière. Pourtant, il est resté en prison du fait du dossier des biens confisqués.
Près de trois années de privation de liberté, sans jugement définitif dans cette affaire : ce n’est plus une mesure de précaution. C’est une peine anticipée, infligée à un homme qui demeure présumé innocent.
Dans le contexte tunisien actuel, il est impossible d’ignorer la dimension politique de cette affaire. Riadh Ben Fadhel est un dirigeant d’un parti d’opposition, connu pour ses positions critiques. Cela impose à la justice une exigence supplémentaire : démontrer, par ses actes, que les poursuites reposent exclusivement sur des faits, des preuves individualisées et le respect des droits de la défense, et non sur la volonté de neutraliser un opposant.
La lutte contre la corruption est nécessaire. Mais elle ne peut être crédible lorsqu’elle s’accompagne d’une détention interminable, de reports successifs et d’une présomption d’innocence réduite à une formule sans effet.
Nous exigeons la libération immédiate de Riadh Ben Fadhel et la poursuite de son procès en état de liberté. Toutes les garanties nécessaires peuvent être prises pour assurer sa présence devant la justice. Rien ne justifie qu’il demeure en prison.
Nous exigeons également que le dossier des biens confisqués soit jugé dans un délai raisonnable, dans le respect intégral des droits de la défense, avec un examen contradictoire de chaque opération et une détermination strictement individuelle des responsabilités.
La liberté n’est pas une faveur accordée à l’accusé. Elle est la règle. La prison avant jugement doit rester l’exception. Pour Riadh Ben Fadhel, cette exception dure depuis beaucoup trop longtemps.
Liberté pour Riadh Ben Fadhel.