tag -->

Edito : quand le pouvoir n’assure plus les fonctions élémentaires de l’État

Le fossé entre le pouvoir et la réalité vécue par les Tunisiens ne cesse de se creuser. La population fait face à des difficultés qui touchent désormais aux besoins les plus élémentaires : eau, électricité, médicaments, santé, propreté, emploi et services publics. À cela s’ajoutent les vagues de chaleur, les incendies et les effets du changement climatique.

Face à cette situation, le pouvoir continue pourtant de répéter le même discours, attribuant ses difficultés aux « comploteurs », aux « ennemis » et à ceux qui voudraient affaiblir l’État.

Mais après plusieurs années, une question simple s’impose : à quoi sert un État s’il n’est plus capable d’assurer les besoins essentiels de ses citoyens ? Celui qui a concentré tous les pouvoirs entre ses mains ne peut continuer indéfiniment à attribuer aux autres la responsabilité de ses échecs.

C’est dans ce contexte que la manifestation du 20 août 2026 prend toute son importance. Malgré la chaleur, la période estivale et les risques de répression, des centaines de personnes sont descendues pacifiquement dans la rue. Elles ont réclamé les libertés et la démocratie, mais aussi l’eau, l’électricité, la santé, l’emploi et des services publics dignes de ce nom.

Cette mobilisation fait écho aux mouvements sociaux qui se multiplient à Mahdia, Kairouan, Bizerte, Jendouba, Kasserine et dans d’autres régions. Les citoyens refusent de plus en plus de subir en silence les pénuries et la dégradation de leurs conditions de vie.

La réponse du pouvoir reste pourtant souvent sécuritaire. À Mahdia, des protestations contre les coupures d’eau ont même conduit à de très graves accusations de « complot » et de « constitution d’une entente terroriste ». Réclamer de l’eau ne devrait jamais conduire un citoyen devant un tribunal sous de telles accusations.

Ces mobilisations montrent cependant que le mur de la peur commence à se fissurer. Des citoyens reprennent la parole et descendent dans la rue. Mais cette colère restera fragile si elle demeure dispersée.

Il ne s’agit pas d’effacer les différences entre partis, syndicats, associations et mouvements citoyens. Il s’agit de construire un minimum commun autour de quelques exigences essentielles : liberté, démocratie, État de droit, justice sociale, dignité, services publics et droit de demander des comptes au pouvoir.

L’enjeu est désormais de relier les mobilisations locales et de transformer les colères dispersées en une force sociale, civile et pacifique capable de peser.

Car l’eau et la liberté, l’électricité et la démocratie, la santé et l’État de droit, le travail et la dignité ne sont plus des combats séparés. Ils posent tous la même question : celle d’un État qui fonctionne, protège ses citoyens et leur rend des comptes.

La crise tunisienne n’est donc plus seulement politique. Elle touche désormais aux conditions mêmes de la vie quotidienne.

Dans ces conditions, unir les forces démocratiques, sociales et civiles n’est plus seulement souhaitable. C’est devenu une nécessité pour défendre à la fois la démocratie, les droits, la vie et la dignité des Tunisiens.

Partager l'article:

Articles Similaires

Retour en haut