Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) exprime sa profonde indignation après la mort de Lassoued Dhoui, ressortissant tunisien né le 14 janvier 1996, décédé le 10 août 2026 au Centre de permanence pour les rapatriements (CPR) de Palazzo San Gervasio, en Italie.
Nous adressons nos condoléances à sa famille et exigeons vérité, justice et établissement des responsabilités.
Lassoued avait été placé dans ce CPR quelques jours avant son décès et présentait, selon les premières informations, des fragilités psychiques. Une question s’impose : comment une personne vulnérable a-t-elle pu être maintenue en rétention sans que sa santé et sa sécurité soient garanties ?
Cette mort survient dans un centre déjà visé par de graves dénonciations. Une enquête judiciaire a notamment porté sur des mauvais traitements et l’administration de psychotropes, dont du Rivotril. Une inspection de décembre 2025 signalait encore des déficiences dans la prise en charge médicale et psychiatrique, un recours massif aux psychotropes, ainsi que des insuffisances concernant les évaluations psychiatriques et la prévention du risque suicidaire.
Toute la lumière doit être faite sur l’état de santé de Lassoued, les examens réalisés, les médicaments éventuellement administrés et les raisons de son maintien en rétention.
Wissem, Ezzedine, Rabii, Lassoued : combien encore ?
Cette mort n’est pas isolée. Wissem Ben Abdellatif, 26 ans, est mort en 2021 après son passage par un CPR. Ezzedine Anani, 44 ans, est mort dans un CPR en 2022. Rabii Farhat est décédé en 2025 en prison après un passage par un CPR.
À chaque mort, quelques réactions, puis le silence. Nous refusons cette banalisation : les migrant·es ne sont pas des statistiques d’expulsion, mais des êtres humains titulaires de droits.
Où sont les autorités tunisiennes ?
Le silence des autorités tunisiennes est particulièrement préoccupant. Quand ont-elles été informées ? Quelles démarches ont-elles entreprises auprès de l’Italie ? La famille a-t-elle été informée et accompagnée ? Ont-elles demandé les résultats de l’autopsie et de l’enquête ?
Il est inadmissible que des journalistes et militant·es aient dû lancer des appels sur les réseaux sociaux pour retrouver la famille de Lassoued. La faible couverture médiatique tunisienne interroge également sur l’autocensure et l’affaiblissement du journalisme indépendant. Le silence institutionnel et médiatique contribue à banaliser ces morts.
Jusqu’à 18 mois de rétention
Nous dénonçons également l’allongement de la rétention administrative en Italie, qui peut désormais atteindre, dans certaines conditions, 18 mois. Une telle privation de liberté, sans condamnation pénale, peut avoir des conséquences dévastatrices, notamment pour les personnes psychiquement vulnérables.
La responsabilité est d’abord italienne : Lassoued était privé de liberté sous le contrôle de l’État italien, qui avait l’obligation de protéger sa vie et sa santé. Elle est aussi européenne : les politiques de l’UE renforcent la rétention, les expulsions et l’externalisation des frontières.
Enfin, depuis le mémorandum UE-Tunisie de juillet 2023, les autorités tunisiennes coopèrent étroitement avec cette politique. La Tunisie ne peut faciliter les expulsions et rester silencieuse lorsque ses ressortissants meurent dans les structures de rétention.
Nous demandons
- une enquête indépendante et transparente et l’établissement de toutes les responsabilités ;
- toute la lumière sur l’état psychique, les soins et les traitements reçus par Lassoued ;
- des explications sur les suites données aux alertes concernant Palazzo San Gervasio ;
- une assistance consulaire et juridique effective à sa famille ;
- l’abandon de l’allongement de la rétention administrative pouvant atteindre 18 mois et, plus largement, une refonte profonde des politiques migratoires italiennes et européennes fondées sur l’enfermement, l’expulsion etl’externalisation du contrôle des frontières vers des pays tiers.
Wissem. Ezzedine. Rabii. Lassoued. Combien encore ?
Justice et vérité pour Lassoued Dhoui.
Que l’État tunisien sorte de son silence.
Non à l’Europe des camps et des expulsions.
Non à la sous-traitance des frontières européennes par la Tunisie.
Paris, le 13 aout 2026