Le rapport intitulé « Les villes comme facteur de production des inégalités : l’écart des salaires entre les femmes et les hommes et son impact sur la capacité des femmes à accéder au droit à un logement adéquat », publié en avril 2026 par l’association Intersection pour les droits et libertés et Diwan Al Omran, propose une réflexion approfondie sur les liens entre inégalités économiques et exclusion urbaine dans les villes arabes, à partir des cas de l’Égypte et de la Tunisie.
L’étude part d’un constat fondamental : le logement ne constitue pas seulement un besoin matériel, mais un droit humain fondamental reconnu par les conventions internationales, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Pourtant, dans les réalités urbaines contemporaines, l’accès à un logement décent demeure profondément marqué par les inégalités de genre.
L’écart salarial comme mécanisme d’exclusion urbaine
Le rapport démontre que les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes ne se limitent pas à une simple différence de revenus. Ils deviennent un mécanisme structurel qui limite la capacité des femmes à accéder à un logement stable, sûr et abordable.
En Égypte, les données analysées montrent que les femmes gagnent en moyenne beaucoup moins que les hommes, particulièrement lorsqu’on considère les revenus mensuels réels et non uniquement le salaire horaire. L’étude souligne également la faible participation des femmes au marché du travail, ainsi que le poids des responsabilités familiales et du travail domestique non rémunéré, qui réduisent leurs possibilités d’emploi stable et de progression professionnelle.
En Tunisie, même si l’écart salarial apparaît moins important qu’en Égypte, il demeure structurel. Les femmes continuent d’être concentrées dans des secteurs moins rémunérés et plus précaires, tandis que les discriminations liées au genre persistent dans les conditions de travail et les niveaux de rémunération.
L’augmentation continue du coût du logement
Le rapport insiste aussi sur la hausse importante des coûts du logement dans les grandes villes égyptiennes et tunisiennes. Cette augmentation ne concerne pas seulement les loyers ou les prix d’achat des logements, mais aussi les dépenses liées à l’électricité, à l’eau, à l’énergie, au transport et aux services urbains.
En Égypte, les prix de l’immobilier ont connu une hausse spectaculaire au cours de la dernière décennie, y compris dans les programmes de logement social censés être accessibles aux ménages modestes. En Tunisie, les indicateurs montrent également une progression continue des prix des logements et des terrains, aggravant les difficultés d’accès au logement pour les catégories les plus vulnérables.
Selon le rapport, cette situation affecte particulièrement les femmes, dont les revenus sont généralement plus faibles. Une part plus importante de leur salaire est absorbée par les dépenses liées au logement, ce qui réduit leur capacité à satisfaire d’autres besoins essentiels comme la santé, l’éducation ou l’alimentation.
Une précarité résidentielle plus forte pour ls femmes
L’étude montre que les femmes sont davantage exposées à l’instabilité résidentielle et au risque d’exclusion du marché du logement. Beaucoup sont contraintes d’accepter des logements de moindre qualité, éloignés des centres urbains et des opportunités d’emploi, ou de partager un logement pour réduire les coûts.
Le rapport souligne également que cette situation touche plus durement les femmes cheffes de famille, les femmes seules ou celles occupant des emplois précaires. La faiblesse des revenus augmente leur vulnérabilité face aux expulsions, à l’endettement et à l’insécurité résidentielle.
Au-delà du logement lui-même, cette exclusion produit des effets plus larges sur la vie des femmes : augmentation du temps consacré aux déplacements, difficultés d’accès aux services publics, limitation des opportunités professionnelles et aggravation des inégalités sociales.
Réponse les politiques publiques
L’un des apports majeurs du rapport est de montrer que les politiques du logement ne peuvent être neutres du point de vue du genre. Les auteurs estiment qu’il est impossible de garantir réellement le droit au logement sans agir simultanément sur les inégalités économiques et les discriminations dans le marché du travail.
Le rapport appelle ainsi à :
- renforcer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes ;
- intégrer une approche sensible au genre dans les politiques de logement ;
- améliorer l’accès des femmes au crédit et au financement immobilier ;
- protéger les femmes contre les expulsions et l’instabilité résidentielle ;
- développer des systèmes de transport et de planification urbaine plus équitables ;
- produire davantage de données sur les liens entre genre, travail et logement.
Une lecture critique des villes arabes contemporaines
À travers les exemples de l’Égypte et de la Tunisie, ce rapport propose finalement une lecture critique des villes arabes contemporaines. Il montre que les espaces urbains ne sont pas neutres : ils peuvent reproduire et amplifier les inégalités sociales et de genre lorsque les politiques publiques ne prennent pas en compte les réalités économiques vécues par les femmes.
En reliant la question du logement à celle des salaires, du travail et de la justice sociale, cette étude apporte une contribution importante aux débats sur le droit à la ville et sur la nécessité de construire des politiques urbaines plus inclusives et plus égalitaires.