Le comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie exprime sa profonde préoccupation et son inquiétude face au jugement attendu dans l’affaire du journaliste Zied El Heni.
Nous ne savons pas ce qui pourrait arriver à Zied El Heni à l’issue du jugement prévu demain, et nous ne souhaitons pas nous attarder sur cette question. Car notre interrogation réelle ne commence pas au moment du jugement, mais bien au moment de son arrestation.
Nous voulons savoir : pourquoi Zied El Heni est-il jugé ?
Dans le cadre de cette affaire, Zied El Heni a été arrêté le 24 avril 2026, à la suite de déclarations qu’il a faites lors d’une intervention à la faculté de droit de Tunis, au cours de laquelle il a critiqué des décisions judiciaires concernant ses collègues journalistes. Il a ensuite été poursuivi pour « atteinte à autrui » ou « diffamation » en lien avec ces propos, avant d’être placé en détention.
Cette arrestation s’inscrit dans un contexte plus large marqué par une intensification des poursuites contre les journalistes et les voix critiques en Tunisie. Plusieurs organisations et syndicats considèrent que ces affaires traduisent un recul de la liberté d’expression, notamment depuis la concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif ces dernières années.
Nous savons toutes et tous que ce que prétendent les documents de l’affaire , à savoir « l’atteinte à autrui via les réseaux publics de télécommunication » , ne correspond pas à la réalité. Les faits reprochés à Zied El Heni relèvent clairement de l’exercice d’un journalisme libre. Dans tout système démocratique fondé sur la justice, ses critiques auraient été considérées comme l’expression d’une opinion libre, constructive et nécessaire à l’émergence d’une société consciente et équilibrée.
Dès lors, le « délit » allégué n’est qu’un prétexte fragile face à une vérité éclatante : celle de l’injustice.
Quelle est donc la faute de Zied El Heni ?
Sa faute est d’être dérangeant, d’être convaincant, et d’être libre.
Le système de Kaïs Saïed rejette ces qualités, non par principe de droit, mais par volonté d’exclusion. Il n’aime ni les voix dérangeantes, ni les esprits convaincus, ni les individus libres. Or, ce qui caractérise les Tunisiennes et les Tunisiens, c’est précisément d’être libres… et dérangeants.
Ce qui dérange Kaïs Saïed chez les journalistes en général, et chez Zied El Heni en particulier, c’est leur tunisianité : libre… et dérangeante.
Ce qui sera jugé le 7 mai n’est pas seulement Zied El Heni , le citoyen, le journaliste, le syndicaliste, le père, le mari, le frère , mais aussi le droit des Tunisiennes et des Tunisiens à être libres, leur droit à déranger, et leur droit à être des citoyens à part entière.
- En conséquence, nous demandons :
la libération immédiate du journaliste Zied El Heni, ainsi que de tous les journalistes détenus en raison de leurs opinions ;
l’abandon de toutes les charges liées à la liberté d’expression et à l’exercice du journalisme ;
la fin de l’instrumentalisation des lois, notamment l’article 86 du Code des télécommunications, pour restreindre la liberté de la presse ;
la garantie de l’indépendance de la justice et son immunité face aux instrumentalisation politiques ;
la protection des journalistes contre toute forme de pression, d’intimidation ou de poursuites abusives ;
le respect des engagements internationaux de la Tunisie en matière de droits humains et de liberté de la presse ;
et la cessation immédiate du ciblage des voix critiques et de toute personne exerçant son droit à la libre expression.
Le comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie