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Huit ans de prison pour Saadia Mosbah : la criminalisation de l’antiracisme franchit un nouveau seuil en Tunisie

Liberté pour Saadia Mosbah

Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) exprime sa profonde indignation à la suite de la confirmation en appel de la condamnation de Mme Saadia Mosbah à huit années d’emprisonnement et à une amende de plus de 120 000 dinars.

Cette décision intervient après plus de deux années de détention, de stigmatisation et de campagnes de diffamation. Elle constitue une nouvelle étape dans une affaire devenue emblématique des reculs que connaît la Tunisie en matière d’État de droit, d’indépendance de la justice et de protection des défenseurs des droits humains.

Saadia Mosbah est l’une des figures les plus importantes de la lutte contre le racisme en Tunisie. Femme noire, elle a elle-même subi les discriminations et les préjugés qui touchent encore de nombreux Tunisiens noirs. Elle a choisi de transformer cette expérience en un combat pour l’égalité, la dignité et la justice. Son engagement a contribué à faire reconnaître l’existence du racisme en Tunisie et à l’adoption de la loi de 2018 contre les discriminations raciales.

C’est précisément parce qu’elle incarnait cette lutte que sa condamnation dépasse largement son cas personnel. Saadia Mosbah est devenue le symbole d’une parole antiraciste que le pouvoir cherche à faire taire.

Le CRLDHT considère que cette affaire porte toutes les marques d’un ciblage politique. Depuis le discours présidentiel du 21 février 2023 accusant des associations de participer à un prétendu projet de « changement de la composition démographique » du pays, les migrants subsahariens et ceux qui les défendent ont été désignés comme des boucs émissaires.

Le 6 mai 2024, quelques heures seulement après l’ouverture d’une enquête visant l’association Mnemty, son siège était perquisitionné et Saadia Mosbah arrêtée. L’absence d’enquête préalable sérieuse et la rapidité de la procédure ont donné le sentiment que la culpabilité avait été décidée avant même l’ouverture du dossier.

Au-delà de cette affaire, c’est toute la société civile indépendante qui est aujourd’hui visée. La solidarité est criminalisée, les défenseurs des droits humains sont poursuivis et les discours les actes et crimes racistes (impunis) se banalisent.

Le CRLDHT tient également à souligner la responsabilité politique et morale des autorités européennes. En faisant de la Tunisie un partenaire privilégié dans le contrôle des migrations et un gardien des frontières européennes (un pays sûr), l’Union européenne et ses États membres ont trop souvent fermé les yeux sur la régression des libertés publiques, la répression de la société civile et la montée du racisme.

Le silence et la complaisance de nombreux responsables européens face à la criminalisation de la solidarité contribuent à renforcer l’impunité de ceux qui portent atteinte aux droits fondamentaux. Les droits humains ne peuvent être sacrifiés au nom des politiques migratoires.

Saadia Mosbah n’est pas une criminelle. Son seul « crime » est d’avoir défendu les plus vulnérables, combattu le racisme et refusé de se soumettre aux discours de haine.

Face à cette situation, le CRLDHT :

  • Condamne avec la plus grande fermeté la confirmation en appel de la condamnation de Saadia Mosbah ;
  • Exige sa libération ainsi que le respect de ses droits fondamentaux ;
  • Dénonce la criminalisation du travail citoyen, de l’humanisme et de la solidarité ;
  • Appelle les autorités tunisiennes à mettre fin aux poursuites contre les défenseurs des droits humains ;
  • Appelle l’Union européenne à conditionner sa coopération avec la Tunisie au respect effectif des droits humains et des libertés fondamentales ;
  • Invite les organisations nationales et internationales à renforcer leur mobilisation en faveur de Saadia Mosbah et de toutes les victimes de la répression.

Le CRLDHT rappelle que la lutte contre le racisme n’est pas un crime. La solidarité n’est pas un crime. La défense des droits humains n’est pas un crime.

Liberté pour Saadia Mosbah.

 Paris, le 24 juin 2026

Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)

Le jugement en appel

  • Saadia Mosbah : condamnée à 8 ans de prison et à une amende de plus de 120 000 dinars.
  • Ghofrane Benous : condamnée par contumace à 3 ans de prison.
  • Zied Rouine, Amina Boukamcha, Farès Kablaoui et Hiba Abassi ont bénéficié d’un sursis à l’exécution des peines d’emprisonnement prononcées en première instance (3 ans de prison).
  • Zied Rouine a été condamné à une amende de 34 113 dinars et 500 millimes.
  • Farès Kablaoui a été condamné à une amende de 23 665 dinars.
  • Les non-lieux totaux prononcés en faveur d’Ilhem Kaâouachi, Slim Soukni et Rabii Al-Garfi ont été confirmés.
  • Les non-lieux partiels accordés à Hiba Abassi et Amina Boukamcha ont également été maintenus.

Cette décision confirme la peine prononcée contre Saadia Mosbah tout en aménageant ou en allégeant certaines condamnations prononcées à l’encontre des autres prévenus.

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