Riadh Ben Fadhel condamné à vingt ans de prison : la vengeance du pouvoir sous couvert de justice — le CRLDHT exige sa libération

Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) condamne avec la plus grande fermeté la condamnation de Riadh Ben Fadhel à vingt ans de prison, annoncée le 30 octobre 2026, dans l’affaire dite des « biens confisqués ». Après près de trois années de détention, cette peine d’une extrême lourdeur constitue un nouvel acte de répression contre une figure de l’opposition démocratique. Le CRLDHT exige sa libération immédiate.

Coordinateur général du parti Al-Qotb, entrepreneur et ancien responsable de l’édition arabe du Monde diplomatique, Riadh Ben Fadhel a été arrêté le 14 novembre 2023 à l’aéroport de Tunis-Carthage, à son retour de l’étranger. Un mandat de dépôt a été délivré à son encontre le 24 novembre 2023, dans une enquête concernant l’acquisition de biens confisqués et des soupçons de blanchiment d’argent. Il ne se soustrayait donc pas à la justice : il rentrait en Tunisie.

Depuis lors, les audiences, les reports et les refus de remise en liberté se sont succédé. Dans son précédent communiqué, le CRLDHT dénonçait déjà une détention devenue une peine anticipée. Le 12 octobre 2026 encore, les demandes de remise en liberté avaient été rejetées. Aujourd’hui, la condamnation à vingt ans de prison prolonge cet enfermement par un verdict que le Comité dénonce comme profondément injuste.

Selon sa défense, les acquisitions litigieuses ont été réalisées dans le cadre de ventes aux enchères et d’appels d’offres officiels. Les contrats et les pièces relatifs à ces opérations avaient déjà été communiqués lors d’enquêtes antérieures. Une justice indépendante doit examiner ces documents, les conditions de cession et le rôle des administrations concernées, puis établir des responsabilités individuelles sur des preuves précises et contradictoirement débattues. L’invocation de la lutte contre la corruption ne dispense jamais de ces exigences.

Le CRLDHT rappelle également qu’une autre procédure, distincte de celle des biens confisqués, avait abouti, le 30 mai 2024, à une condamnation de Riadh Ben Fadhel à quatre ans et six mois de prison dans un dossier douanier et bancaire. Le 22 avril 2025, cette condamnation avait été annulée en appel et les poursuites arrêtées après régularisation de sa situation financière. Il était néanmoins resté détenu dans le dossier aujourd’hui jugé.

Dans son communiqué du 30 octobre 2026, le parti Al-Qotb  dont ilest l’un ds dirigeants condamne ce jugement et affirme que Riadh Ben Fadhel paie le prix de ses positions et de son engagement contre l’autoritarisme. Il rapporte que les plaidoiries de la défense ont mis en évidence l’absence d’éléments probants justifiant une condamnation, ainsi que des contradictions et des irrégularités dans l’enquête et l’instruction. Al-Qotb dénonce des arguments et des pièces demeurés sans réponse, et un verdict préparé d’avance. Ces dénonciations sont d’une extrême gravité et ne peuvent être ignorées.

Le CRLDHT exprime sa pleine solidarité avec Riadh Ben Fadhel, sa famille, ses proches et ses camarades d’Al-Qotb. Son engagement politique pacifique et ses positions critiques ne sauraient être criminalisés. Dans une Tunisie où se multiplient les lourdes condamnations d’opposants, ce verdict participe d’une politique d’intimidation qui vise à briser les personnes et à étouffer toute contestation organisée.

Le CRLDHT dénonce une justice aux ordres, instrument d’arbitraire et de vengeance politique. La condamnation de Riadh Ben Fadhel à vingt ans de prison illustre cet acharnement contre les opposants : les arguments de la défense sont écartés, la détention se prolonge pendant des années et les peines s’abattent avec une brutalité destinée à punir et à intimider. Sous couvert de lutte contre la corruption, le pouvoir se sert de la justice pour régler ses comptes et étouffer toute contestation. Le CRLDHT condamne fermement cette instrumentalisation de l’appareil judiciaire.

Le CRLDHT exige la libération immédiate de Riadh Ben Fadhel et l’annulation de cette condamnation. Il appelle les organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains, les forces démocratiques et les partenaires de la Tunisie à se mobiliser pour sa liberté et celle de toutes les personnes emprisonnées pour leurs opinions ou leur engagement politique pacifique.

Liberté pour Riadh Ben Fadhel. Liberté pour tous les prisonniers et toutes les prisonnières d’opinion et politiques.

Paris, le 30 octobre 2026

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