La réponse cynique de l’Etat tunisien aux instances onusiennes

(Plus de 100 jours depuis l’arrestation d’Abdallah Saïd, le 11 janvier 2025, en raison de son engagement civique et de son soutien aux migrantes, réfugiées et à leurs enfants. Cyniquement, l’État a présenté un rapport aux instances onusiennes saluant le rôle de la société civile dans l’accompagnement et la protection des migrantes, réfugiées et de leurs enfants.)

Dans la réponse le document officiel soumis par l’État tunisien aux mécanismes des Nations unies met en avant le rôle de la société civile et l’engagement des autorités en faveur des droits des migrants et des réfugiés (HRC/NONE/2024/SP/29 ).Toutefois, une lecture critique révèle un profond décalage entre le discours officiel et la réalité sur le terrain, notamment avec l’arrestation d’Abdallah Saïd pour son engagement en faveur des migrantes et réfugiées. Cette contradiction illustre une approche cynique et opportuniste des autorités tunisiennes sur la question des droits humains.

1- un discours officiel de façade aux instances internationales

Dans sa réponse aux instances onusiennes, l’État tunisien insiste sur plusieurs points clés :

  • Un cadre de partenariat stratégique avec l’Union européenne : le document évoque une coopération internationale pour « traiter le phénomène de la migration irrégulière » et garantir « le respect des droits humains des migrants ».
  • Un engagement en faveur des droits des migrants et réfugiés : l’État tunisien mentionne ses efforts pour assurer leur protection et combattre les abus.
  • Un rôle valorisé de la société civile : le document affirme que la Tunisie travaille en partenariat avec des ONG et organisations locales pour défendre les droits des migrants.

Ce discours est destiné aux instances internationales et cherche à donner une image positive et engagée des autorités tunisiennes en matière de droits humains.

2. la réalité : une répression des défenseurs des droits humains

Malgré ce discours officiel, les actions concrètes de l’État tunisien contredisent totalement ces déclarations :

  • Arrestation d’Abdallah Saïd : son emprisonnement illustre une criminalisation du militantisme en faveur des droits des migrants. Ce type d’action vise à dissuader toute initiative indépendante sur le terrain.
  • Répression et entraves aux ONG : de nombreuses associations tunisiennes et internationales dénoncent des restrictions croissantes, une surveillance accrue et des pressions administratives contre les défenseurs des droits humains.
  • Violations du droit des migrants : plusieurs rapports d’ONG et d’instances internationales signalent des cas de refoulement illégal, de violences policières et d’exploitation des migrants, bien loin du cadre protecteur présenté dans la réponse officielle.

Ce contraste met en évidence un double discours flagrant : d’un côté, l’État affirme soutenir les migrants et travailler avec la société civile, et de l’autre, il persécute ceux qui œuvrent réellement pour ces causes.

3. un double discours : instrumentalisation des droits humains

L’État tunisien semble utiliser stratégiquement la question des droits des migrants pour servir ses intérêts :

  • Il adopte un langage diplomatique en direction des instances internationales  affirmant protéger les migrants et coopérer avec la société civile pour sécuriser les financements et partenariats internationaux.
  • Sur le plan intérieur : Il applique une politique de répression des acteurs indépendants sur le plan interne les accusant parfois de s’ingérer dans des affaires «sensibles » ou de collaborer avec des intérêts étrangers.
  • Il met en avant leurs efforts dans son rapport, mais sans leur garantir un espace d’action libre et sécurisé.

Ce cynisme est d’autant plus flagrant que l’arrestation d’Abdallah Saïd coïncide avec un renforcement du discours officiel sur la protection des migrants. Il ne s’agit donc pas d’un simple paradoxe, mais d’une manipulation consciente visant à masquer les violations des droits humains sous un vernis diplomatique.

4.Un cynisme politique assumé et dangereux

Le cas d’Abdallah Saïd illustre la contradiction flagrante entre le discours officiel et la réalité des droits humains en Tunisie. Cette situation révèle :

  • Une instrumentalisation des droits des migrants à des fins diplomatiques, notamment pour rassurer l’Union européenne.
  • Une criminalisation des défenseurs des droits humains, qui met en péril l’action des ONG indépendantes.
  • Un double standard dans l’application des droits, où les engagements internationaux ne sont qu’une façade destinée aux bailleurs de fonds et partenaires internationaux.

Ce cynisme politique met non seulement en danger les militants comme Abdallah Saïd, mais aussi les migrants et réfugiés eux-mêmes, qui se retrouvent dans une situation d’extrême précarité, sans véritable protection.

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