Le 29 octobre 2025, Jaouhar Ben Mbarek, professeur de droit détenu dans le cadre de l’absurde affaire dite de « complot contre la sécurité de l’État », a décidé d’entamer une grève de la faim sauvage pour dénoncer les violations de ses droits humains : atteinte à la liberté, refus d’un procès équitable, exclusion de son propre procès – comme c’est désormais le cas pour la majorité des détenus poursuivis pour des affaires « antiterroristes ». Ces procédures, instrumentalisées, visent de facto à désertifier la scène politique et à bannir de l’espace public tout dissident, voire tout simple critique du président-pharaon Kaïs Saïed.
Alarmés par la gravité de son état, sa famille, des activistes, des personnalités publiques et des associations de la société civile ont appelé Jaouhar Ben Mbarek à mettre fin à sa grève, tout en condamnant l’inaction et l’insouciance des autorités — notamment de la ministre de tutelle, Leila Jaffel.
En réaction à la grève de Jaouhar Ben Mbarek, d’autres détenus ont, eux aussi, annoncé une grève de la faim sauvage, par solidarité et pour les mêmes revendications. Parmi eux :
Rached Ghannouchi, Ridha Belhaj, Abdelhamid Jlassi et Issam Chebbi, Mehdi Ben Gharbia tous toujours en grève.
Plusieurs pétitions, communiqués et manifestations ont été organisés pour soutenir les détenus et dénoncer l’irresponsabilité du régime.
Comme désormais à l’accoutumée, la première réaction est arrivée sous forme de campagnes d’accusations, de mensonges et d’instrumentalisation politique sur les réseaux sociaux.
Face à l’ampleur prise par l’affaire, la Direction générale des prisons a publié sur son site et ses réseaux sociaux un communiqué niant la détérioration de l’état de santé des détenus grévistes. Elle y affirme que leur état est « normal » après des contrôles médicaux, et annonce avoir ordonné des investigations en vue de déposer plainte contre toute personne ayant diffusé « délibérément » de fausses nouvelles.
Ces menaces et ce démenti ont attisé les critiques, notamment celles de la société civile et du bâtonnier de l’Ordre des avocats, qui a confirmé la gravité de l’état de santé de Jaouhar Ben Mbarek.
La prison de Belli, où il est incarcéré, a enfoncé le clou le 12 novembre 2025 en refusant la visite de sa sœur et avocate, Me Dalila Ben Mbarek Msadek, au prétexte de l’absence d’une chaise roulante pour le transporter — puisqu’il ne peut plus se déplacer. Ceci alors même que, selon la direction générale des prisons et ses médecins, son état serait « normal ».
Plus grave encore : les autorités pénitentiaires ont confisqué le document judiciaire autorisant Me Dalila Ben Mbarek Msadek à visiter son client, pour signifier leur suprématie sur la partie judiciaire qui l’avait délivré.
Le 12 novembre également, Me Hanen Khmiri, avocate de Jaouhar Ben Mbarek, a pu le rencontrer. À l’issue de cette visite, elle a saisi le ministère public pour torture et mauvais traitements. Selon son témoignage, après une visite de son avocat le 11 novembre, Jaouhar Ben Mbarek — alors même qu’il ne pouvait plus marcher — a été violenté et tabassé par cinq agents et plusieurs détenus agissant sur ordre, lors de son retour en cellule. Il aurait perdu connaissance à plusieurs reprises et portait des traces évidentes de violence.
Le même jour, la direction de la prison a également refusé la visite d’un membre de l’Ordre des avocats, pourtant muni de l’autorisation judiciaire requise.
Toujours le 12 novembre 2025, une source judiciaire a indiqué à l’AFP que, suite aux plaintes déposées par la Direction générale des prisons pour « diffusion de rumeurs et fausses informations » sur les grèves de la faim, trois avocats sont poursuivis :
Me Dalila Ben Mbarek Msadek, Me Ayechi Hammami et Me Samir Dilou.
Tous trois sont déjà poursuivis à plusieurs reprises sur la base du funeste article 24 du décret-loi 54-2022, et comptent parmi les défenseurs les plus actifs des détenus dans l’affaire du « complot » et dans d’autres dossiers politiques, d’opinion ou impliquant des magistrats révoqués.
Le bâtonnier de l’Ordre des avocats a dénoncé, dans un communiqué publié ce 12 novembre, les violations et comportements illégaux des autorités. Il a affirmé qu’aucune atteinte aux droits de la défense ne serait tolérée, a appelé au respect du droit et à l’identification des responsables, et a annoncé que d’autres mesures seraient prises par le Conseil de l’Ordre.
Le CRLDHT
- Réaffirme sa solidarité avec Jaouhar Ben Mbarek, tous les détenus en grève de la faim, ainsi que tous les justiciables dont les droits sont aujourd’hui bafoués par ce régime.
- Condamne à nouveau, avec la plus grande fermeté, les violations systématiques et préméditées des droits humains, des principes de l’État de droit et de l’indépendance de la justice perpétrées par les autorités tunisiennes.
- Tient pour responsables, politiquement et surtout pénalement, Kaïs Saïed et ses appareils répressifs de la dégradation de l’état de santé des grévistes, comme de celui de tous les détenus victimes des conditions carcérales et de la négligence des autorités pénitentiaires.
- Appelle toutes les Tunisiennes, tous les Tunisiens, ainsi que les institutions et associations civiles, à redoubler d’efforts pour restaurer les acquis de leur révolution et leur projet d’un État de droit, d’une République démocratique respectueuse des droits et libertés.