Le lundi 28 septembre 2026, la cour d’appel de Médenine a aggravé la peine prononcée en première instance contre Abdallah Saïd, la portant d’un à deux ans de prison ferme. Arrêté le 12 novembre 2024, il a déjà passé près de deux ans en détention et devrait, sauf obstacle, être libéré dans les prochaines semaines.
Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) espérait que cette audience mette fin à une détention déjà longue de près de deux ans et annule la première condamnation. Cette décision, qui aggrave la peine au lieu de réparer l’injustice, est d’autant plus choquante que le ministère public avait lui-même fait appel du jugement de première instance. Elle confirme la détermination du pouvoir à frapper très fort la société civile.
Le CRLDHT s’était déjà exprimé sur cette affaire et avait dénoncé une procédure s’inscrivant dans la campagne menée par les autorités contre les organisations de la société civile. Initialement orienté vers le pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, le dossier en a été dessaisi faute de dimension terroriste. Les accusations d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État et de blanchiment d’argent ont ensuite été classées à la clôture de l’enquête, au profit de chefs d’accusation à caractère financier. Ce glissement n’a pas empêché une condamnation encore plus lourde, ce qui renforce l’impression d’une justice instrumentalisée.
Au-delà de la procédure judiciaire, le CRLDHT tient à rappeler le caractère profondément humain et associatif du travail mené par Abdallah Saïd. Son cas a suscité, tout au long de cette affaire, l’empathie de nombreuses personnes ayant eu à connaître de son parcours et de son engagement.
Le CRLDHT souligne également que la procédure s’est largement appuyée sur le rapport d’un expert dont l’analyse témoigne, selon nous, d’une méconnaissance de la nature du travail associatif, de ses modalités concrètes de fonctionnement et de ses enjeux.
Tout au long de ce parcours judiciaire et carcéral, Abdallah Saïd n’a exprimé aucun regret quant à son engagement associatif. Ce qui l’affecte le plus, en revanche, est le sort des enfants atteints de la maladie dite « des enfants de la lune », accompagnés par son association, dont la scolarité a été interrompue depuis près de deux ans à la suite de son arrestation. Derrière cette condamnation, ce sont donc aussi des enfants atteints d’une maladie rare et particulièrement vulnérables, bénéficiaires d’un travail associatif essentiel, qui subissent directement les conséquences de cette répression.
Cette condamnation n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une série de poursuites visant des actrices et acteurs de la solidarité et de la défense des droits :
- Cherifa Riahi, ancienne directrice de Terre d’asile Tunisie, libérée dans la nuit du 6 au 7 janvier 2026 après plus de vingt mois de détention ;
- Mustapha Jamali, directeur fondateur du Conseil tunisien pour les réfugiés, et Abderrazek Krimi, chef de projet, libérés après plus de dix-huit mois de détention, bien que leurs condamnations aient ensuite été confirmées en appel ;
- Saadia Mosbah, toujours emprisonnée après la confirmation en appel de sa lourde peine de huit ans, dans un dossier fondé lui aussi sur des accusations financières et de gestion qui masquent mal la criminalisation de son engagement de solidarité avec les personnes migrantes.
Dans chacune de ces affaires, le même schéma se répète : une action de solidarité, humanitaire ou de défense des droits est soumise à des qualifications pénales ou financières qui permettent de sanctionner celles et ceux qui la portent. Le CRLDHT avait analysé cette logique dans son texte sur la criminalisation de la solidarité, trois ans après le mémorandum Tunisie-Union européenne.
Le CRLDHT :
- Dénonce avec la plus grande fermeté l’aggravation de la peine d’Abdallah Saïd par la cour d’appel de Médenine ;
- Exige sa libération immédiate, l’annulation de sa condamnation et l’abandon de toutes les poursuites ;
- Appelle les autorités tunisiennes à cesser de criminaliser l’action civile, humanitaire et de solidarité, et à garantir aux défenseurs des droits humains les conditions d’exercice de leur mission ;
- Interpelle les partenaires internationaux de la Tunisie, en particulier l’Union européenne et ses États membres, afin qu’ils fassent de la libération d’Abdallah Saïd et de l’arrêt de ces poursuites une exigence publique dans leurs relations avec les autorités tunisiennes ;
- Réaffirme sa pleine solidarité avec Abdallah Saïd, sa famille et ses proches, ainsi qu’avec la Campagne contre la pénalisation de l’action civile et toutes celles et ceux qui, en Tunisie, poursuivent leur engagement malgré la répression.
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)
Paris, le 28 septembre 2026