Comme chaque année depuis dix-sept ans, nous nous sommes retrouvés devant le Square Saïd Bouziri, face à l’église Saint-Bernard, dans le 18ᵉ arrondissement de Paris, pour rendre hommage à deux figures majeures de nos combats : Saïd Bouziri, disparu le 23 juin 2009, et Tarek Ben Hiba, disparu le 26 juin 2022.
Ce rassemblement s’inscrit dans un lieu hautement symbolique. Il rappelle les grandes mobilisations en faveur des travailleurs immigrés et des sans-papiers, notamment l’évacuation de l’église Saint-Bernard, en août 1996, lorsque les forces de police mirent fin à l’occupation menée par les grévistes de la faim sans-papiers, soutenus par de nombreuses personnalités, parmi lesquelles le professeur Laurent Schwartz, Mgr Jacques Gaillot, la comédienne Emmanuelle Béart ou encore le professeur Albert Jacquard. Ce jour-là, le premier à être évacué par les policiers fut Saïd Bouziri, présent sur les lieux en tant que représentant de la Ligue des droits de l’Homme.
Malgré la canicule, de nombreux ami.e.s, compagnons de lutte et militants étaient présents, comme chaque année. Des représentants de la Ligue des droits de l’Homme, dont Saïd fut membre de la direction nationale, du Cedetim, de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR),de l’ Associations des Maghrébins de France (ATMF), de l’Association démocratique des Tunisiens en France (ADTF), d’anciens militants de l’ATF, du Comité pour le respect des libertés et des droits de l homme en Tunisie (CRLDHT), des habitants du quartier du 18ᵉ où vivait Saïd, ainsi que des membres de sa famille ont participé à ce moment de mémoire et de fraternité.
Comme à l’accoutumée, les amis de l’Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) nous ont chaleureusement accueillis dans leurs locaux pour poursuivre cette rencontre autour d’un échange de souvenirs, d’anecdotes et de réflexions sur les combats que nous avons partagés avec Saïd Bouziri et, depuis quatre ans, avec Tarek Ben Hiba.
À travers la commémoration de nos deux amis, nous avons également tenu à rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont partagé leurs engagements et qui nous ont quittés ces dernières années : Abdelmajid Dabboussi, de Radio Soleil et du journal Sans Frontière ; Jelloul Ben Hamida, ancien militant de la FTCR ; Hamadi Troudi, de l’ADTF ; Farid Aïchoun, journaliste au Nouvel Observateur et cofondateur avec Saïd du journal Sans Frontière ; Adel Afaoui, de l’ATF ; Jean-Jacques Miloudi ; Mohamed Bachari, dit Mokhtar, de Radio Soleil, ou l’ anthropologue Emmanuel Terray et Elisabet Ales du Cédétim, comme Michel Tubiana ancien président de la LDH, ainsi que de nombreux autres compagnons de route dont la mémoire demeure vivante dans nos luttes.
Mais cette commémoration revêt aujourd’hui une portée particulière. Elle constitue un acte de fidélité aux combats que Saïd Bouziri et Tarek Ben Hiba ont menés toute leur vie contre le racisme, les discriminations et toutes les formes d’injustice, pour les droits humains, l’égalité, la démocratie, la justice sociale et la solidarité entre les peuples.
Alors que l’extrême droite progresse en France, en Europe et dans de nombreuses régions du monde, que les discours de haine et les politiques anti-immigrés se banalisent, que les libertés fondamentales sont fragilisées et que les valeurs d’égalité et de fraternité sont de plus en plus contestées, leur héritage apparaît plus actuel et plus indispensable que jamais.
Cet hommage intervient également dans un contexte international particulièrement dramatique. Le peuple palestinien continue de subir la guerre, les destructions massives et une catastrophe humanitaire sans précédent à Gaza. Dans plusieurs pays du Maghreb, les libertés reculent face à la montée de l’autoritarisme. En Tunisie notamment, la répression des opposants, l’emprisonnement de responsables politiques, de syndicalistes, de journalistes, d’avocats et de défenseurs des droits humains, la montée du racisme contre les migrants subsahariens, rappellent l’actualité des combats que Said Bouziri et Tarek Ben Hiba ont toujours menés pour la démocratie, l’État de droit et les libertés publiques.
Saïd Bouziri comme Tarek Ben Hiba ont constamment établi un lien entre la défense des droits des immigrés, la lutte contre le racisme, le soutien au peuple palestinien et le combat pour les libertés démocratiques. Leur parcours nous rappelle que ces causes sont profondément liées et qu’elles exigent aujourd’hui encore vigilance, mobilisation et solidarité.
Se souvenir de Saïd et de Tarek, c’est faire vivre les valeurs qu’ils ont incarnées avec courage, générosité et constance. C’est poursuivre les combats auxquels ils ont consacré leur existence et réaffirmer notre attachement à la justice, à la dignité humaine, à l’égalité des droits et à la liberté des peuples.
Saïd Bouziri
Membre fondateur du Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) en 1972, Saïd Bouziri s’était engagé dès 1969-1970 dans les Comités Palestine et n’a jamais cessé de défendre les droits légitimes du peuple palestinien. Cofondateur des revues Sans Frontière et Baraka, président de l’association Génériques, animateur du troisième collectif des sans-papiers, membre de la direction nationale de la Ligue des droits de l’Homme, il fut l’une des grandes figures des luttes pour l’égalité des droits et un ami fidèle de la FTCR, dont il accompagna les combats pendant plusieurs décennies.
Tarek Ben Hiba
Militant politique, syndical et défenseur infatigable des droits humains, Tarek Ben Hiba, après un passage par l’ ATF, fut l’un des piliers de la FTCR, qu’il présida durant de nombreuses années, ainsi que membre fondateur du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT). Son engagement internationaliste s’exprima également très tôt par son soutien au peuple palestinien : dès 1975, il participa, avec d’autres militants tunisiens, aux actions de solidarité dans les camps palestiniens de Beyrouth. Tarek était Conseiller régional d’Ile de France de 2004 à 2013.
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Leur mémoire demeure une source d’inspiration pour toutes celles et tous ceux qui poursuivent aujourd’hui les combats pour les droits humains, la démocratie, la justice sociale, la solidarité internationale et l’égalité des droits. Leur héritage nous oblige et nous engage.