Pour ta vie, irremplaçable, pour l’honneur de la justice que tu défends, pour celles et ceux qui t’aiment et qui ne peuvent se résoudre à voir ta santé à ce point altérée et ta vie menacée.
Cher Ayachi Hammami,
Au 37ᵉ jour de ta grève de la faim, nous t’écrivons animés par l’urgence, une urgence mêlée de respect, d’admiration et d’inquiétude profonde.
Nous savons ce que coûte chaque jour supplémentaire. Nous savons aussi que ton geste n’est ni une fuite ni une recherche de sacrifice, mais un appel politique ultime, lancé depuis l’enfermement quand toutes les voies normales ont été étouffées.
Nous te parlons au nom des valeurs que tu as toujours défendues : la dignité humaine, la primauté de la vie, la justice, la solidarité, la responsabilité envers les autres et de cette idée simple et radicale que nul combat pour la liberté ne doit se payer par l’extinction d’une vie.
Tu as porté ces valeurs dans les prétoires, dans la rue, dans les débats, auprès des plus vulnérables, sans distinction, ni calcul. Tu les portes aujourd’hui jusque dans ton corps devenu le dernier lieu de résistance. Mais c’est précisément parce que ta vie compte — pour ta famille, pour tes proches, pour celles et ceux qui luttent, pour les générations à venir — que nous t’implorons de mettre fin à cette grève de la faim.
Ta force morale n’a jamais été fonction de la souffrance que tu endures, mais à la clarté de ta parole, à la cohérence de ton engagement et à ta capacité rare à rassembler au-delà des clivages. C’est cette force-là, vivante, lucide et rassembleuse dont la lutte a besoin aujourd’hui.
La lutte a besoin de toi debout, présent, parlant, écrivant, conseillant, transmettant.
Pense à tes proches et à celles et ceux qui, lors des visites, ne te reconnaissent plus tant la fatigue et la perte de poids t’ont transformé. Silencieuse, leur douleur est vive, violente. Elle n’enlève rien à la noblesse de ton combat ; elle en rappelle simplement le prix humain.
Nous te demandons — non pas d’abandonner la lutte — mais de changer de terrain, de préserver ta vie telle un bien commun.
Mettre fin à la grève de la faim aujourd’hui, ce n’est pas céder.
C’est faire confiance à la mobilisation,
C’est donner du temps à l’action collective,
C’est refuser que l’injustice se double d’un drame irréparable.
Ayachi, la justice que tu défends n’a jamais été une justice de la mort.
La liberté pour laquelle tu te bats n’a jamais exigé que tu disparaisses.
Reste avec nous ! Reste vivant !
Au nom de l’amitié, de la solidarité, de l’éthique de la vie et du combat juste,
nous te supplions : mets fin à ta grève de la faim !
Nous continuerons le combat. Avec toi.