Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) dénonce avec la plus grande énergie et condamne sans réserve le jugement prononcé le 31 août 2026 contre Seif Eddine Arfaoui, militant du mouvement Nafas, condamné à 18 mois de prison par la chambre correctionnelle du Tribunal de première instance de Tunis.
Cette condamnation est scandaleuse, profondément injuste et d’une brutalité disproportionnée.
Seif Eddine Arfaoui avait participé, le 20 août à Tunis, à une manifestation pacifique organisée par Nafas pour dénoncer l’érosion continue des droits et des libertés, l’aggravation de la répression et les défaillances d’un régime de plus en plus incapable d’apporter des réponses aux difficultés que vivent les Tunisiennes et les Tunisiens. Il a été arrêté dès le lendemain et poursuivi notamment à la suite de publications sur les réseaux sociaux reprenant des slogans scandés pendant cette manifestation.
Le 31 août, la « justice « l’a condamné à 18 mois de prison sur le fondement de l’article 86 du Code des télécommunications pour ce qui a été qualifié d’« atteinte à autrui à travers les réseaux publics de télécommunications ».
Nous refusons que l’arbitraire devienne la norme et que la prison devienne la réponse ordinaire à la contestation politique.
Un jeune militant est envoyé en prison pour avoir manifesté, crié des slogans et relayé une parole politique sur Facebook. Ce jugement ne sanctionne pas un acte de violence. Il ne sanctionne pas une atteinte à l’intégrité physique d’une personne. Il sanctionne une parole politique.
Depuis plusieurs années, les poursuites se multiplient contre les journalistes, avocats, militants politiques et associatifs, syndicalistes, défenseurs des droits humains et simples citoyens.
L’article 86 du Code des télécommunications, le décret-loi 54 et d’autres dispositions répressives sont mobilisés pour faire entrer la contestation politique dans le champ pénal.
Aujourd’hui, c’est Seif Eddine Arfaoui. Hier, d’autres ont été condamnés ou emprisonnés. Demain, si cette mécanique n’est pas arrêtée, n’importe quel citoyen tunisien exprimant sa colère sur une place publique ou sur un réseau social pourra devenir à son tour un justiciable, puis un prisonnier.
Le CRLDHT affirme avec force que la critique du chef de l’État et des gouvernants est un droit. Les slogans politiques, même durs, provocateurs ou offensants, appartiennent au débat public. Un pouvoir qui accepte uniquement les paroles qui lui plaisent ne défend pas la liberté d’expression : il exige le silence et l’obéissance.
Nous refusons ce silence. Nous refusons que la peur devienne un mode de gouvernement.
Nous refusons que les tribunaux soient utilisés pour régler le problème politique posé par la contestation.
Nous refusons surtout de nous habituer à voir des Tunisiennes et des Tunisiens condamnés à des mois ou des années de prison pour avoir parlé.
Assez.
Le CRLDHT exige la libération immédiate de Seif Eddine Arfaoui et l’annulation de cette condamnation inique.
Il exige la fin des poursuites contre toutes les personnes poursuivies ou détenues pour l’exercice pacifique de leurs libertés d’opinion, d’expression et de manifestation.
Il appelle les organisations de défense des droits humains, les associations, les syndicats, les avocats, les journalistes, les intellectuels, les forces démocratiques et tous les citoyens attachés à leur liberté à refuser collectivement cette politique de peur et d’intimidation.
Face à la banalisation de la répression, la solidarité doit devenir mobilisation. Il faut défendre Seif Eddine Arfaoui aujourd’hui parce qu’au-delà de sa personne, c’est notre droit collectif de dire non qui est condamné à dix-huit mois de prison.
Nous ne nous tairons pas.
Nous ne considérerons jamais comme normal qu’un citoyen soit emprisonné pour un slogan.
Nous ne nous résignerons pas à voir la Tunisie devenir un pays où la parole conduit en prison et où le silence devient la condition de la liberté.
La liberté d’expression n’est pas un crime.
Manifester n’est pas un crime.
Crier un slogan n’est pas un crime.
Critiquer le pouvoir n’est pas un crime.
Liberté immédiate pour Seif Eddine Arfaoui.
Liberté pour toutes les personnes emprisonnées pour leurs opinions.
Liberté pour la Tunisie.
Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie – CRLDHT
1er septembre 2026