UGTT : défendre un pilier national face aux tentatives d’asphyxie 

La décision de suspendre l’اقتطاع الآلي des cotisations syndicales des salaires des fonctionnaires ne peut être lue comme une simple mesure administrative. Elle constitue un acte lourd de conséquences politiques et sociales, visant de fait à fragiliser la principale organisation syndicale du pays : l’Union générale tunisienne du travail (UGTT).

Au-delà des justifications techniques avancées, cette décision intervient dans un contexte de rétrécissement de l’espace civique, de marginalisation des corps intermédiaires et de concentration du pouvoir. Elle appelle une position claire : la solidarité avec l’UGTT dans la défense de son indépendance, de son rôle social et de sa légitimité historique.

Une tentative d’asphyxie financière 

Depuis plus d’un demi-siècle, le prélèvement automatique des cotisations – environ trois dinars par mois pour les agents publics – assurait une ressource stable à la centrale. Près de 500 000 fonctionnaires étaient concernés.

Ces cotisations ne sont pas un privilège. Elles constituent l’expression concrète du droit syndical et permettent à l’organisation d’assurer :

  • l’assistance juridique aux travailleurs,
  • la formation syndicale,
  • l’expertise sociale,
  • la défense collective des intérêts professionnels.

Suspendre ce mécanisme revient à fragiliser délibérément les moyens d’action d’un acteur social majeur.

L’argument selon lequel le prélèvement porterait atteinte à la liberté individuelle ne tient pas : l’adhésion est volontaire. Transformer un système stable en collecte incertaine, dans un contexte de crise du pouvoir d’achat, expose l’organisation à une baisse brutale de ses ressources. C’est une pression politique déguisée en réforme administrative.

Une organisation confrontée à une double épreuve 

L’UGTT traverse certes une période de tensions internes liées à des divergences sur la gouvernance et la préparation du congrès de mars 2026. Mais ces débats relèvent de sa vie démocratique propre. Ils doivent être résolus par ses structures légitimes, non instrumentalisés pour justifier son affaiblissement.

Toute organisation vivante connaît des crises. L’histoire de l’UGTT – de 1946 à la révolution de 2011, en passant par les grandes confrontations sociales – montre sa capacité à surmonter les épreuves et à se réinventer.

La solidarité avec l’UGTT ne signifie pas l’aveuglement. Elle signifie le refus de voir ses fragilités exploitées pour réduire son rôle.

Un pilier du dialogue social et de l’équilibre national 

L’UGTT n’est pas un syndicat ordinaire. Elle est un acteur structurant de l’histoire nationale, un partenaire du dialogue social, un médiateur dans les crises politiques majeures, et un défenseur constant des droits sociaux.

La dégradation des relations entre la centrale et le pouvoir ne peut justifier une remise en cause de son autonomie financière et organisationnelle.

Dans un pays confronté à l’inflation, à l’endettement et à la précarisation, affaiblir le principal corps intermédiaire revient à déséquilibrer l’ensemble du système social. La stabilité ne se construit pas par l’isolement des acteurs collectifs, mais par leur reconnaissance.

Le congrès de mars : un moment de responsabilité collective 

Les 25, 26 et 27 mars, l’UGTT tiendra son congrès. Ce rendez-vous sera crucial pour clarifier les orientations internes, renforcer la démocratie organisationnelle et consolider son unité.

Ce moment ne doit pas être celui de la fragilisation, mais celui du sursaut.

La centrale a évoqué la possibilité d’une grève générale pour défendre les droits sociaux et la négociation collective. Dans toute démocratie sociale, la grève est un droit légitime. Criminaliser ou disqualifier par avance cette perspective reviendrait à nier l’essence même du pluralisme.

Une solidarité nécessaire 

Soutenir l’UGTT aujourd’hui, c’est :

  • défendre la liberté syndicale,
  • protéger l’autonomie des organisations sociales,
  • refuser l’assèchement financier comme outil de pression,
  • rappeler que les droits des travailleurs ne sont pas négociables.

Il ne s’agit pas d’un alignement partisan. Il s’agit d’un principe : aucun pouvoir ne peut durablement gouverner en marginalisant les médiations sociales.

L’UGTT a contribué à façonner l’État tunisien moderne. Elle a payé le prix des luttes sociales et démocratiques. Elle demeure un espace de défense collective face aux inégalités et aux injustices.

Dans l’épreuve actuelle, la solidarité nationale et internationale avec l’UGTT est non seulement légitime, mais nécessaire.

Le congrès de mars dira comment la centrale entend se projeter dans l’avenir. Mais une chose est certaine : affaiblir l’UGTT, c’est fragiliser l’équilibre social du pays tout entier.

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