L’arrestation de l’activiste et (blogueur) bloggeuse Hajer Aouadi, le 24 janvier 2026, à son domicile au nord de Tunis avant d’être conduite à Tajerouine (gouvernorat d’El Kef (Kasserine), suscite une vive inquiétude parmi les blogueurs et les défenseurs des droits humains. Selon des informations concordantes relayées sur les réseaux sociaux, cette interpellation ferait suite à des publications Facebook dans lesquelles elle commentait de manière critique une opération antiterroriste menée quelques jours plus tôt dans la délégation de Majel Bel Abbès.
D’après des pages proches des autorités sécuritaires, le parquet aurait ordonné son placement en garde à vue pour une durée de cinq jours sur la base de la loi relative à la lutte contre le terrorisme, en considérant que certaines de ses publications comporteraient des éléments de « justification », de « blanchiment » ou de « mise en doute de l’action sécuritaire ».
Cette décision intervient dans un contexte où l’usage infondé de la législation antiterroriste et des textes encadrant l’expression en ligne est de plus en plus critiqué pour son impact dissuasif sur la liberté d’opinion, garantie par la Constitution tunisienne et par les conventions internationales ratifiées par la Tunisie.
Le ministère de l’Intérieur a annoncé avoir neutralisé, lors d’une opération qualifiée de « préventive », une cellule composée de quatre individus. Les noms cités dans plusieurs publications locales sont : Ounis Hajji, Saffi Hajji, Boujemaa Hajji et Bechir Hajji (qui se serait fait exploser au moment de l’intervention). Selon les autorités, ces personnes faisaient l’objet d’un suivi sécuritaire et seraient liées à des « résidus » de groupes armés opérant dans les massifs de l’ouest tunisien.
Toutefois, Hajer Aouadi, a publiquement affirmé que les personnes tuées lors de cette opération ne seraient pas des terroristes mais des contrebandiers opérant dans les zones frontalières estimant que la qualification de « cellule terroriste » aurait été utilisée sans présentation d’éléments matériels vérifiables ni communication claire sur une appartenance organisationnelle.
Ces propos, qu’ils soient exacts ou non, relèvent du champ de l’expression d’une opinion politique et de la critique publique et posent la question du droit des citoyens à interroger les récits officiels, en particulier lorsqu’ils concernent des opérations impliquant l’usage de la force létale.
Critiquer une opération sécuritaire n’est pas soutenir le terrorisme
Les soutiens de Hajer Aouadi rappellent un principe fondamental : le droit de questionner, d’analyser ou de critiquer l’action de l’État, y compris en matière sécuritaire, relève de la liberté d’expression. Assimiler toute remise en cause du discours officiel à une apologie du terrorisme crée une confusion dangereuse entre opinion critique et incitation à la violence.
À ce stade, aucune information publique n’établit que Hajer Aouadi aurait appelé à la violence ou exprimé un soutien direct à des groupes armés. Ses publications s’inscriraient dans un registre politique et analytique, même si elles peuvent être jugées polémiques ou dérangeantes.
Cette affaire s’inscrit dans une dynamique plus large marquée par :
- La multiplication des poursuites pour des publications en ligne,
- le recours abusif et généralisé à des qualifications pénales particulièrement graves, notamment celles relevant de la législation antiterroriste,
- un rétrécissement notable de l’espace civique.
Ce type de poursuite contribue à installer un climat de peur, poussant citoyens, journalistes et activistes à l’autocensure, y compris sur des sujets d’intérêt public majeur comme la sécurité, la gouvernance et les politiques publiques.
Les appels se multiplient pour :
- la libération de Hajer Aouadi ou, à tout le moins, sa poursuite en état de liberté,
- le respect strict des garanties du procès équitable,
- la fin de la criminalisation de l’expression pacifique.
Car la lutte contre le terrorisme, aussi nécessaire soit-elle, ne peut se faire durablement au prix de l’érosion des libertés fondamentales.