Le Comité pour le respect des droits et des libertés en Tunisie exprime sa vive préoccupation face aux arrestations qui ont visé plusieurs participants à l’initiative de la « Flottille Global Sumud », dont l’objectif était de briser le blocus imposé à la bande de Gaza. Ces arrestations interviennent dans un contexte suscitant des inquiétudes croissantes quant au recours de plus en plus fréquent à la détention et à l’emprisonnement dans des affaires liées à l’engagement civique et à l’expression de positions politiques et humanitaires.
Le Comité rappelle que la privation de liberté doit demeurer une mesure exceptionnelle, qui ne peut être utilisée que lorsqu’elle est strictement nécessaire et proportionnée, dans le respect des garanties fondamentales d’un procès équitable et des droits individuels. L’ouverture d’une enquête ou l’existence de soupçons ne sauraient justifier automatiquement l’incarcération de personnes, en particulier lorsqu’il s’agit d’acteurs de la société civile ne représentant aucun danger pour la société ou pour l’ordre public.
Cette situation revêt également une signification particulière à l’approche de la Journée internationale des droits des femmes (8 mars), alors que deux militantes figurent parmi les personnes détenues dans cette affaire, ce qui soulève des interrogations supplémentaires quant au respect des garanties humaines et juridiques dans le traitement de ces dossiers.
La présence de militantes parmi les personnes arrêtées soulève également de sérieuses questions quant au discours officiel affirmant soutenir les droits des femmes, alors même que les faits récents indiquent une tendance préoccupante marquée par la multiplication des poursuites et des arrestations visant des femmes engagées dans le travail civique et la défense des droits humains. La période récente a en effet été marquée par une augmentation sans précédent du nombre de femmes poursuivies ou détenues en raison de leur engagement public, une situation que la Tunisie n’avait pas connue dans son histoire récente depuis l’indépendance. Ces poursuites concernent notamment des militantes féministes et des défenseures des droits et libertés engagées dans des causes de principe telles que la solidarité humaine, la lutte contre le racisme, la défense des libertés publiques ou la résistance à l’autoritarisme. Certaines Tunisiennes ont également été contraintes de quitter le pays en raison des pressions et des poursuites dont elles font l’objet. Cette situation suscite de sérieuses inquiétudes quant au recul des droits des femmes et quant à la protection des défenseures des droits humains.
Le Comité rappelle également que la Constitution tunisienne garantit aux citoyens le droit de défendre les causes qu’ils considèrent comme justes et d’exprimer leur solidarité avec les peuples opprimés par des moyens pacifiques. Ce droit ne saurait être criminalisé ni soumis à des restrictions arbitraires.
Le Comité souligne en outre que la cause palestinienne constitue une question de principe et un consensus historique au sein du peuple tunisien, et qu’elle ne saurait faire l’objet de poursuites ou de sanctions. Depuis 1948, la solidarité avec le peuple palestinien fait partie intégrante de la conscience collective tunisienne et de l’engagement constant des Tunisiens en faveur des valeurs de justice, de liberté et de refus de l’oppression. L’expression de cette solidarité ou la participation à des initiatives pacifiques en ce sens relève donc de l’exercice légitime des libertés publiques.
Dans le même temps, le Comité observe avec inquiétude que certaines affaires graves touchant à la souveraineté tunisienne n’ont toujours pas fait l’objet de la transparence et de la reddition de comptes nécessaires. C’est notamment le cas de l’attaque ayant visé des navires liés à la flottille dans le port de Sidi Bou Saïd, à proximité du palais présidentiel, dont l’opinion publique n’a toujours pas été informée des résultats d’une enquête claire ni de l’établissement des responsabilités. À l’inverse, on observe une accélération des procédures judiciaires visant certains participants à cette initiative de solidarité, ce qui soulève de sérieuses interrogations quant aux priorités adoptées dans le traitement de ces dossiers.
Le Comité souligne également que le contexte général dans le pays est marqué par des inquiétudes croissantes quant à l’indépendance du pouvoir judiciaire et aux garanties d’un procès équitable, ce qui alimente les craintes d’un possible recours aux procédures judiciaires et à la détention préventive comme instruments de pression ou d’intimidation à l’encontre des acteurs de la société civile et des opposants politiques.
Le Comité rappelle enfin qu’il a toujours défendu les droits et les libertés indépendamment des appartenances politiques ou des divergences idéologiques, fidèle à un principe constant : la défense de la dignité humaine et du droit à la liberté pour toute personne victime d’atteintes à ses droits.
En conséquence, le Comité appelle à la libération immédiate des personnes détenues dans cette affaire, ainsi qu’au respect de toutes les garanties d’un procès équitable et du droit à la défense.
Le respect des libertés individuelles et de l’État de droit demeure la pierre angulaire de tout système qui se réclame du respect des droits humains et de la dignité de ses citoyens.
Paris, le 6 mars 2026