Pouvoir d’achat en chute libre : la LTDH sonne l’alarme sociale à la veille du ramadan 

À quelques jours du début du mois de Ramadan, période traditionnellement marquée par une hausse des dépenses alimentaires, la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH) tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié le 17 février 2026, l’organisation met en garde contre une dégradation continue des conditions de vie en Tunisie et dénonce l’absence d’une politique économique et sociale réellement participative.

Inflation : stabilité apparente, pression réelle 

Selon les données de l’Institut national de la statistique, le taux d’inflation annuel pour 2025 s’est établi autour de 5,3 %. Un chiffre qui pourrait laisser penser à une relative stabilisation après les pics enregistrés ces dernières années.

Mais derrière cet indicateur global, la hausse des produits de première nécessité reste particulièrement marquée. Les légumes frais ont augmenté de plus de 25 %, les fruits de près de 20 %, tandis que les viandes ont enregistré des hausses comprises entre 10 % et 18 % par rapport à l’année précédente.

Pour les ménages à revenus faibles et moyens, dont une part importante du budget est consacrée à l’alimentation, au transport et aux services essentiels, ces augmentations se traduisent par une contraction effective du pouvoir d’achat. 

Budget des ménages sous tension 

L’évolution des dépenses des ménages tunisiens met en lumière une fragilité grandissante. Les produits alimentaires, devenus de plus en plus coûteux, accaparent une part substantielle des revenus, laissant des marges toujours plus réduites pour l’éducation, la santé ou la moindre capacité d’épargne.

Dans un contexte d’endettement public élevé, de ressources budgétaires contraintes et de choix financiers dictés par l’urgence des équilibres macroéconomiques, les politiques publiques donnent le sentiment de privilégier la rigueur comptable plutôt que la préservation effective du revenu réel des citoyens.

La Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme rappelle que la dégradation du pouvoir d’achat dépasse la seule sphère économique : elle constitue un vecteur direct de tensions sociales et un facteur de fragilisation du lien de confiance entre l’État et la société.

Entre indicateurs officiels et réalité quotidienne 

Plusieurs analyses économiques récentes convergent : si l’inflation globale apparaît « maîtrisée » sur le papier, la pression financière ressentie par les familles demeure intense.

  • Les dépenses liées à l’alimentation, à la santé et à l’éducation absorbent une part croissante des revenus, réduisant drastiquement la capacité d’épargne et d’anticipation des ménages.
  • La baisse relative de l’inflation par rapport aux pics précédents ne compense pas l’accumulation des hausses passées, ni l’érosion progressive du pouvoir d’achat réel.
  • Des associations de défense des consommateurs mettent en garde contre des pratiques de formation des prix jugées opaques, évoquant des phénomènes de spéculation et de distorsions de marché qui alimentent un sentiment d’injustice économique.

Au-delà des statistiques, c’est donc un malaise structurel qui s’installe : celui d’un écart croissant entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité vécue par une majorité de ménages.

Dialogue social en suspens 

L’organisation s’inquiète également de la suspension des négociations salariales et des discussions relatives aux conventions collectives, notamment avec l’Union générale tunisienne du travail (UGTT).

Pour la Ligue, le dialogue social constitue un mécanisme essentiel d’amortissement des tensions économiques. Son affaiblissement expose le pays à une gestion unilatérale des ajustements budgétaires, où les catégories les plus vulnérables supportent l’essentiel des sacrifices.

La négociation collective et l’action syndicale sont, rappelle la LTDH, des droits fondamentaux reconnus par les normes juridiques nationales et internationales.

Refuser une austérité sans concertation 

La LTDH estime que la sortie de crise ne peut reposer sur des politiques d’austérité décidées sans concertation. Elle appelle à la reprise immédiate des négociations sociales, à des ajustements salariaux indexés sur la hausse réelle du coût de la vie et à une réforme fiscale favorisant une meilleure redistribution.

Pour l’organisation, la question du pouvoir d’achat renvoie à la dignité du citoyen et à la responsabilité constitutionnelle de l’État de garantir les droits économiques et sociaux.

La Ligue attribue la responsabilité de la dégradation des conditions de vie aux autorités en place, considérant que la protection du pouvoir d’achat ne relève ni d’un slogan ni d’un choix optionnel, mais d’une obligation publique.

À l’approche de Ramadan, période symbolique de solidarité et de cohésion, l’alerte lancée par la LTDH prend une dimension particulière : la justice sociale n’est pas une variable d’ajustement budgétaire, mais un fondement de la stabilité nationale.

Une crise sociale qui résonne bien au-delà des indicateurs 

Ce fossé entre chiffres macro-économiques et vécu populaire transparaît nettement dans les débats sur les réseaux sociaux et les forums citoyens. Face à ces tensions, la LTDH appelle non seulement à des mesures économiques urgentes — reprise du dialogue social, salaires indexés sur le coût réel de la vie, réformes fiscales — mais aussi à une reconnaissance publique des ressentis sociaux. 

Dans ce contexte, la question du pouvoir d’achat ne se limite plus à un indicateur économique : elle devient un symbole des inégalités, de la perception d’injustice et du déficit de confiance entre les autorités et la société civile tunisiennes — un défi qui, selon les citoyens actifs sur les plateformes numériques, pourrait peser lourd dans le paysage social du pays dans les mois à venir.

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