Olfa Hamdi, présidente du parti « La Troisième République » et ancienne Présidente-directrice générale de la compagnie aérienne nationale tunisienne « Tunisair », a été arrêtée samedi soir à son arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage. Elle aurait été interpellée par les services de sécurité dès sa descente d’avion et placée en garde à vue.
L’arrestation d’Olfa Hamdi ne peut être lue comme un simple fait divers judiciaire. Selon les informations disponibles, elle ferait l’objet de décisions judiciaires antérieures. Pourtant, l’absence de précisions publiques immédiates sur la nature exacte des procédures, des faits reprochés et du cadre juridique nourrit inévitablement les interrogations.
Soixante-douze heures après cette arrestation, aucun communiqué officiel n’a été publié. Ni le ministère de l’Intérieur, ni le ministère de la Justice, ni le porte-parole du tribunal de Tunis ou son procureur n’ont apporté d’explications publiques. Ce silence officiel anormal interroge, comme si les citoyennes et citoyens tunisiens n’avaient pas droit à l’information, ou comme si l’arrestation d’activistes politiques ou d’une présidente de parti politique était devenue si banale qu’elle constituerait un non-événement pour les autorités en place.
Cette attitude irresponsable du pouvoir a laissé la place aux spéculations quant au motif de son arrestation. Le fondement même de la procédure ayant permis cette arrestation demeure incertain : s’agit-il d’un jugement par défaut lié à ses activités politiques à l’étranger, notamment sa proclamation d’un gouvernement en exil, ou bien d’une affaire faisant suite à une plainte déposée par l’un des membres de son parti, l’accusant d’accaparement du parti ? D’autres journalistes et internautes s’appuient sur des fuites pour avancer que ses déclarations anti-Kaïs Saïed lui auraient valu une condamnation judiciaire, à l’instar de nombreux dissidents du président-despote.
Cet épisode intervient dans un contexte tunisien marqué par une instrumentalisation politique croissante de la justice. Depuis plusieurs années, arrestations, poursuites et condamnations visant des responsables politiques, des journalistes, des avocats ou des acteurs de la société civile se succèdent.
Au-delà de la personne d’Olfa Hamdi — figure atypique, technocrate devenue actrice politique et voix critique du pouvoir — l’événement renvoie à des enjeux plus larges. Il touche à la question de la transparence procédurale, à la lisibilité des décisions judiciaires et à la confiance publique dans les institutions. Car lorsque les procédures ne sont pas immédiatement clarifiées, lorsque les décisions ne sont pas pleinement expliquées, l’espace se remplit de soupçons, d’interprétations et de récits concurrents.
Ce qui intrigue également est de savoir comment Madame Olfa Hamdi a décidé de retourner en Tunisie alors qu’elle ferait l’objet d’un jugement à exécution immédiate et si elle avait connaissance ou non de l’existence d’une telle procédure à son encontre.
Le CRLDHT :
1/ Condamne l’irresponsabilité des autorités et la violation du droit des Tunisiennes et Tunisiens à l’information, un silence qui laisse présumer qu’il pourrait s’agir d’une nouvelle mesure de représailles politiques.
2/ Dénonce, une fois encore, les décisions judiciaires perçues comme commandées par l’exécutif, dans le cadre d’une magistrature dépendante et mise au pas.
3/ Considère, au vu de la réalité catastrophique de la magistrature ainsi que des administrations et corps impliqués dans le processus judiciaire, que tout justiciable en Tunisie est aujourd’hui exposé à des violations systématiques de ses droits fondamentaux et de sa dignité, en particulier les personnes détenues, compte tenu des conditions inhumaines du milieu carcéral tunisien.
4/ Exige la libération immédiate d’Olfa Hamdi et réitère son appel à la libération de l’ensemble des prisonniers et détenus politiques, d’opinion, ainsi que des activistes de la société civile
Paris, le 16 février 2026