À la suite de la délibération rendue par le tribunal de première instance de Tunis le 22 janvier 2026 dans l’affaire concernant les journalistes Mourad Zghidi et Borhene Bsaies, il apparaît avec évidence que les procédures engagées et le dispositif du jugement sont entachés d’une disproportion manifeste. Le tribunal de première instance relevant du pôle financier et de lutte contre la corruption a prononcé à l’encontre de Mourad Zghidi et de Borhene Bsaies une peine de trois ans d’emprisonnement pour blanchiment d’argent, assortie pour chacun d’eux d’une amende de 50 000 dinars et de mesures de confiscation de biens au profit de la Trésorerie générale.
S’agissant de Mourad Zghidi, la juridiction a en outre prononcé une peine cumulée de sept mois d’emprisonnement : six mois au motif allégué d’une réduction du chiffre d’affaires déclaré de ses deux sociétés, combinée à une défaillance dans le paiement de la retenue à la source, assortie d’une amende de 10 000 dinars pour cette dernière infraction ; ainsi qu’un mois d’emprisonnement accompagné d’une amende de 10 000 dinars pour défaillance dans le paiement de la TVA.
Pour Borhene Bsaies, il est condamné également sept mois de prison : un mois de prison et une amende de 10 000 dinars pour défaillance dans le paiement de la TVA ; trois mois de prison et une amende de 200 000 dinars pour non-facturation de services ; trois mois de prison et une amende de 10 000 dinars pour réduction illégale de plus de 30 % du chiffre d’affaires ; ainsi qu’une amende de 10 000 dinars pour non-déclaration d’établissement, avec la confiscation de ses actions dans une société au profit de l’État.
Il va sans dire que l’enquête, l’instruction, l’expertise et le jugement ont été menés exclusivement à charge contre les deux journalistes et souffrent de graves violations des droits humains, notamment du droit à un procès équitable, devenues la norme dans les affaires visant tous les dissidents de Kaïs Saïed, ou du moins ceux perçus comme tels par le régime, lequel n’a plus à offrir à ses partisans, de moins en moins nombreux, que des détentions arbitraires et des jugements rendus par une justice asservie.
Le CRLDHT
- estime que le verdict prononcé à l’encontre de Mourad Zghidi et Borhene Bsaies est un verdict politique, dépourvu de toute proportionnalité, visant avant tout à punir et à intimider des journalistes en raison de leurs positions et de leur travail ;
- considère que l’instrumentalisation du pôle financier et de la lutte contre la corruption à des fins de répression politique constitue une dérive grave de l’État de droit et une violation flagrante des engagements internationaux de la Tunisie ;
- dénonce les violations manifestes du droit à un procès équitable, l’acharnement judiciaire et l’accumulation de charges à visée punitive, qui traduisent une justice mise au service du pouvoir exécutif ;
- affirme que ces condamnations s’inscrivent dans une stratégie plus large de criminalisation de la liberté d’expression et du journalisme indépendant ;
- exige l’annulation de ces jugements, la libération immédiate des journalistes Mourad Zghidi et Borhene Bsaies, ainsi que la cessation de toutes les poursuites judiciaires à caractère politique ;
- appelle l’ensemble des forces démocratiques, des organisations de défense des droits humains, des syndicats de journalistes et la communauté internationale à se mobiliser pour mettre fin à cette spirale répressive