Edito : La répression des Tunisiennes, du jamais vu depuis l’Indépendance.

Les Tunisiennes subissent une répression inédite par le régime actuel, campagnes de haine sur les réseaux sociaux suivies d’arrestations musclées, de détentions arbitraires ou d’exil forcé. Elles sont magistrates, avocates, défenseures des droits, opposantes au régime actuel ou journalistes. Elles s’appellent Cheima, Bochra, Sihem, Sonia,….

Des accusations graves basées sur la loi anti-terroriste et anti-blanchiment d’argent dont les peines peuvent aller jusqu’à la mort et/ou le Décret-loi 54 sur les fausses informations et rumeurs (5 à 10 ans de prison), mais fallacieuses et sans preuve aucune.

Des détentions, pour beaucoup d’entre elles, sans procès, la détention préventive étant devenue le principe et la liberté, l’exception. Parmi celles accusées de blanchiment d’argent-des responsables d’association d’aide aux migrants ou aux réfugiés en détention préventive depuis près d’un an-le non-lieu décidé par le juge d’instruction se voit en appel requalifié en un autre crime. Ainsi on peut prolonger leur détention, sur la base de nouvelles accusations, selon le système dit de rotation ou recyclage.

Dans la première décision rendue pour complot contre la sûreté de l’Etat selon la loi antiterroriste (affaire Instalingo), plusieurs femmes dont des journalistes ont été condamnées à des peines allant de 27 à 5 ans de prison.

Les procès ne sont ni justes, ni équitables : les instructions se font uniquement à charge, sans confrontation et pour uniques preuves des témoignages anonymes et fantasques dont on ne vérifie pas les faits allégués, des décisions souvent rendues sans le respect des droits de la défense ou au mépris d’une défense qui prouve l’absence de fausses informations, de faits de terrorisme ou de blanchiment d’argent. Des avocates de détenus dans l’affaire dite du complot contre la sûreté de l’Etat dont la première audience a eu lieu le 4 mars, sont poursuivies pour avoir publiquement démonté les fausses accusations dont sont victimes leurs client.e.s,.

Victimes d’une justice pénale aux ordres de l’exécutif, les détenues vivent dans des conditions de détention inhumaines, dans des cellules surpeuplées, sous la lumière de néons que l’on n’éteint ni le jour ni la nuit. Leurs proches ou celles qui ont été relâchées parlent d’une véritable torture, sinon physique en raison des conditions déplorables de détention, du moins morale. Parquées dans des quartiers de haute sécurité, plusieurs d’entre elles ont le traitement réservé aux terroristes et sont privées des maigres droits dont disposent les détenues de droit commun. Leur santé à toutes en a pâti, notamment suite aux grèves de la faim qu’elles ont entamées pour protester contre l’injustice.

Sihem Ben Sedrine (ancienne présidente de la Commission Vérité et dignité) lorsqu’elle entame sa grève de la faim écrit : « Je ne supporterai pas davantage l’injustice qui me frappe. La justice ne peut être fondée sur les mensonges et les calomnies, mais sur des éléments de preuve concrets et tangibles. En conséquence, je suis décidée à m’extraire, quoiqu’il m’en coûte, de ce trou noir où l’on m’a arbitrairement jetée »

Les soins en prison ne leur sont donnés que tardivement, une fois la maladie installée. Et une nourriture insipide, froide y compris celles que les familles ramènent aux détenues, en raison des multiples restrictions faites au couffin. Ce sont elles qui prennent majoritairement en charge les visites (derrière une vitre, une fois par semaine) et la préparation, deux fois par semaine du couffin dont les mets ne seront pas toujours remis aux détenus, en signe de représailles.

Une double peine pour les femmes qui sont, soit elles-mêmes détenues soit ont leur fils, fille, frère, sœur, père, mère ou mari, détenu.e  politique, sous le joug de la dictature et de la domination patriarcale lesquels s’alimentent réciproquement.

Unies dans une ligue des familles des prisonnier.e.s politiques, elles dénoncent régulièrement la vacuité des accusations portées contre leurs proches, l’insalubrité des prisons, les multiples atteintes à leur dignité ainsi que la détérioration de leur état de santé. L’une d’elles parle de « destruction méthodique, lente, calculée », « d’une volonté de détruire physiquement » et de « briser moralement ».

Les autres vivent dans la solitude et l’amertume de l’exil forcé.

Ce n’est alors plus seulement des voix libres, critiques ou dissidentes que l’on veut faire taire, un espace public que l’on confisque aux femmes, mais une véritable liquidation physique de femmes, par leur enfermement, leur épuisement dans les parloirs des prisons ou leur « bannissement » du territoire national. 

Du jamais vu depuis l’indépendance de la Tunisie.

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