Depuis le lundi 31 mars, Sonia Dahmani, avocate et chroniqueuse, figure libre de la Tunisie, a entamé une grève de la faim sauvage à la prison de Manouba. Ce geste extrême n’est ni un caprice, ni une posture. C’est le dernier recours d’une femme épuisée, humiliée, affamée, assoiffée, mais toujours debout. Une femme qui, face au silence des institutions, à la lâcheté des juges et à la violence d’un système carcéral inhumain, choisit d’exposer son propre corps pour résister.
Dans un témoignage bouleversant publié par sa sœur Ramla Dahmani sur sa page FB, on lit ce qu’aucun communiqué officiel ne dit, ce que la froideur bureaucratique masque, ce que le pouvoir voudrait taire. Sonia n’a plus accès à l’eau potable : dix jours sans possibilité d’achat ni d’approvisionnement. L’eau du robinet est rouillée, toxique. Les familles, interdites de faire passer des bouteilles, assistent impuissantes à cette asphyxie lente. Vendredi dernier, une gardienne émue par sa détresse lui a discrètement offert un pack d’eau. Sonia l’a partagé avec ses codétenues. Car en prison, même la survie se partage. La solidarité devient instinct.
À cette soif s’ajoute la faim institutionnalisée : depuis la fermeture de la cantine, les détenues vivent de ce qu’il reste – souvent de l’huile, seule denrée disponible. Sonia n’a eu que cela pendant tout un week-end. Pas de pain, pas de lait. Pas même de quoi atténuer les brûlures de l’estomac.
Et comme si ce supplice ne suffisait pas, la maladie s’est installée : Sonia souffre de détresse respiratoire, elle s’essouffle, peine à trouver l’air. Elle a demandé à consulter. On lui a répondu que le médecin était absent. Quinze jours d’attente. Vendredi, enfin, elle a vu un médecin, qui a prescrit un traitement à commencer immédiatement. Mais le lundi suivant, les médicaments n’étaient toujours pas arrivés. Est-ce une négligence ? Ou une volonté délibérée de l’éteindre, lentement ?
Dans cet environnement carcéral où même les journaux, les radios et les lettres sont confisqués, Sonia résiste encore. Elle rit. Elle rassure. À son père, elle dit : « Je vais bien ». Elle lui sourit. Elle se dresse, fière. Forte. Même si elle n’a plus que sa peau et ses os.
Sa sœur Ramla écrit : « Est-ce qu’ils veulent la tuer ? Est-ce que c’est ça, le plan ? »
Cette question doit résonner dans toutes les consciences. Nous y répondons par une exigence : « Sonia Dahmani doit être libérée immédiatement et sans condition »
Car Sonia Dahmani n’est pas une criminelle. Elle est détenue pour ses idées, pour sa parole libre, pour avoir osé dire que l’arbitraire ne fait pas une politique et que les prisons ne sont pas un programme de gouvernement. Elle est aujourd’hui emprisonnée dans son propre corps, mais son esprit reste indomptable.
Face à cette situation insoutenable, nous
- Exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de Sonia Dahmani,
- Exigeons un suivi médical indépendant, régulier et l’accès à ses traitements urgents ;
- Dénonçons les conditions de détention cruelles et dégradantes à la prison de Manouba en violation flagrante du droit national et des conventions internationales ;
- Appelons à la mobilisation nationale et internationale pour que ce qui arrive à Sonia ne soit ni banalisé ni oublié.
Le post FB de Ramla Dahmani est un acte de vérité. Il est une archive vivante de la violence institutionnelle, un miroir tendu à notre société, une interpellation pour chacun·e de nous. Ne pas réagir, ce serait laisser mourir non seulement une femme, mais un espoir de justice.
Sonia Dahmani n’a pas abandonné. Ne l’abandonnons pas.