Association des magistrats tunisiens : un congrès de résistance et de légitimité 

Les 7 et 8 février 2026, à Hammamet, l’Association des magistrats tunisiens (AMT) a tenu son 15ᵉ congrès électif sous un slogan sans équivoque : « Pour l’indépendance de la justice et l’État de droit ».

Dans un contexte marqué par les pressions, les menaces de suspension et les poursuites engagées contre son président, la tenue même du congrès constitue un acte de résistance. Les magistrats ont choisi de répondre à l’intimidation par le vote, au soupçon par la transparence et à la tentative d’isolement par la mobilisation collective.

Une motion ferme : restaurer les garanties institutionnelles 

À l’issue de leurs travaux, les congressistes ont adopté une motion exigeant l’accélération de la mise en place des institutions garantes de l’indépendance de la justice, au premier rang desquelles :

  • le Conseil supérieur de la magistrature,
  • la Cour constitutionnelle.

Ils ont alerté sur le danger que représente la persistance du vide institutionnel et l’emprise croissante de l’exécutif sur les parcours professionnels des juges, notamment par le biais de mutations, de mémorandums administratifs et de décisions unilatérales.

La motion dénonce également :

  • le blocage dans la nomination de hauts responsables judiciaires (premier président de la Cour de cassation, procureur général, président du Tribunal foncier, premier président de la Cour des comptes) ;
  • le retard dans la publication des décisions de promotion de magistrats du Tribunal administratif ;
  • les pénuries d’effectifs dans les juridictions de première instance, d’appel et de cassation ;
  • la paralysie persistante des structures provisoires mises en place après la dissolution des organes constitutionnels.

Les magistrats ont réaffirmé leur attachement au droit d’association et à la liberté d’expression, garanties par les conventions internationales ratifiées par la Tunisie. Ils  ont dénoncé les poursuites disciplinaires et pénales visant certains d’entre eux.

Ils ont enfin renouvelé leur solidarité avec les magistrats révoqués et exigé l’exécution des décisions de justice rendues en leur faveur.

Une élection sous tension, une légitimité confirmée 

Le congrès s’est conclu par l’élection d’un nouveau bureau exécutif composé de 11 membres, parmi 17 candidats.

Les résultats ont confirmé la confiance des magistrats envers leur président sortant : Anas Hmaidi reconduit à la tête de l’association pour un troisième mandat, ayant obtenu le plus grand nombre de voix.

La nouvelle composition du bureau exécutif est la suivante :

  • Président : Anas Hmaidi
  • Vice-présidente : Aïcha Ben Belhassen
  • Secrétaire général : Amir Goubâa
  • Trésorier : Ridha Bouliema
  • Secrétaire général adjoint : Faker Majdoub
  • Trésorier adjoint : Anouar Othman
  • Membre coordinateur général : Ali Khlif
  • Membre chargé des structures : Mohamed Ben Mefteh
  • Membre chargé des relations avec les organisations et la société civile : Moufida Mahjoub
  • Responsables du pôle scientifique et des recherches : Amna Nossairi et Henda Ben Hajj Mohamed

La répartition associe cinq membres sortants et six nouveaux élus, signe d’un renouvellement partiel conjugué à une continuité assumée.

Un combat qui dépasse le corps des magistrats 

Ce congrès n’est pas un simple rendez-vous statutaire. Il s’inscrit dans une période de crise profonde du système judiciaire tunisien, marquée par :

  • l’absence d’un Conseil supérieur indépendant pleinement opérationnel ;
  • la concentration des décisions de carrière au sein du ministère de la Justice ;
  • des poursuites judiciaires engagées contre des magistrats en raison de prises de position publiques ;
  • un climat de pression affectant l’exercice serein de la fonction juridictionnelle.

Dans ce contexte, les magistrats ont voulu affirmer que l’indépendance de la justice n’est pas un privilège corporatiste mais une garantie fondamentale pour les justiciables.

Tenir un congrès dans un climat de menaces, adopter une motion exigeante, organiser des élections transparentes, renouveler les instances dirigeantes et réaffirmer l’attachement aux principes de l’État de droit : tout cela relève d’un engagement courageux.

Les magistrats tunisiens rappellent, par cet acte collectif, qu’une justice indépendante est le dernier rempart contre l’arbitraire. Leur combat ne concerne pas seulement leur corps professionnel : il touche à l’équilibre des pouvoirs, à la protection des libertés et à la crédibilité même des institutions.

En reconduisant leur direction et en consolidant leur organisation, ils ont choisi la continuité de la résistance.

Et dans la Tunisie d’aujourd’hui, persister à défendre l’indépendance de la justice est déjà un acte politique majeur.

Partager l'article:

Articles Similaires

Retour en haut