Ordre national des avocats de Tunisie : une mobilisation pour sauver le droit de la défense 

Devant le Palais de justice, les robes noires ont battu le pavé. À l’appel de l’Ordre national des avocats de Tunisie, des dizaines d’avocats se sont rassemblés, le 13 février 2026, pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme des atteintes graves et répétées au droit de la défense et aux garanties du procès équitable 

Au cœur de la mobilisation : les restrictions imposées à l’accès aux détenus, les obstacles rencontrés lors des visites en prison, les limitations du temps de plaidoirie et, plus largement, un climat jugé préoccupant pour l’exercice de la profession.

Le bâtonnier Boubaker Ben Thabet a rappelé que la défense n’est pas un privilège accordé aux avocats, mais un droit fondamental du justiciable. « Être la voix du droit », a-t-il insisté, c’est garantir l’équilibre du procès et préserver la crédibilité de l’institution judiciaire.

Plusieurs avocats dénoncent également le transfert de détenus vers des prisons éloignées, compliquant l’accès aux dossiers et aux clients, ainsi que des pressions dans certaines affaires sensibles. Pour la profession, ces pratiques fragilisent l’édifice judiciaire tout entier.

La mobilisation des avocats n’est pas restée isolée.
La Syndicat national des journalistes tunisiens a dénoncé, le même jour, des entraves au travail des journalistes au sein des tribunaux, estimant que restreindre la couverture médiatique des audiences constitue une atteinte à la transparence et au droit à l’information.

Ce croisement des inquiétudes – défense et liberté de la presse – révèle un malaise plus large autour du fonctionnement du service public de la justice.

Le droit à un procès équitable est consacré par la Constitution tunisienne et par les engagements internationaux de la Tunisie, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il implique l’accès effectif à un avocat, la possibilité de préparer sa défense et des audiences tenues dans des conditions conformes aux règles de procédure.

Lorsque l’avocat ne peut rencontrer son client librement, lorsque le temps de défense est réduit à quelques minutes, ou lorsque des poursuites visent des avocats pour des actes liés à l’exercice de leur mission, c’est l’équilibre du procès qui vacille.

La lutte des avocats dépasse la défense de leurs intérêts corporatistes. Elle concerne chaque citoyen. Car sans défense indépendante, il n’y a ni justice équitable, ni protection effective des libertés.

En appelant à l’unité et à la vigilance, l’Ordre national des avocats rappelle une évidence : protéger le droit de la défense, c’est protéger la société tout entière.

La mobilisation du 13 février apparaît ainsi comme un signal fort. Un rappel que le service public de la justice ne peut fonctionner dans la défiance, et que le respect des garanties procédurales n’est pas négociable.

Dans un contexte marqué par de nombreuses tensions institutionnelles, le combat des avocats mérite d’être entendu. Car lorsque la défense est affaiblie, c’est l’État de droit qui s’érode.

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