À la suite du décès tragique de feu Ali Ghedamsi, homme d’affaires originaire de Sousse, survenu le 30 mars 2025 dans la prison civile de Messaâdine où il était détenu, le CRLDHT exprime sa profonde consternation face au silence suspect et indécent des autorités carcérales et du ministère de la Justice, autorité de tutelle.
Incarcéré dans le cadre de l’affaire dite « Instalingo » et inculpé dans d’autres dossiers judiciaires, Ali Ghedamsi faisait notamment l’objet de poursuites dans l’affaire n°04/2023 ouverte le 28 octobre 2023, aux côtés de Lazhar Loungou, ancien directeur général des services spécialisés du ministère de l’Intérieur, et du frère de l’ex-député Lotfi Ali. Tous étaient accusés de constitution d’une entente criminelle, d’escroquerie et de blanchiment d’argent. Le 18 mars 2025, la 10e chambre d’accusation de la Cour d’appel de Tunis avait rejeté sa demande de libération provisoire, malgré son état de santé fortement dégradé.
Le CRLDHT :
- Exprime ses plus sincères condoléances à la famille du défunt et lui apporte son soutien inconditionnel dans leur quête de vérité et de justice, y compris par la voie de recours devant les juridictions nationales et internationales.
- Condamne fermement la négligence systématique des droits des personnes détenues, qui caractérise aujourd’hui les services pénitentiaires tunisiens. Les conditions de détention sont fortement dégradées dans un contexte de répression et de démantèlement progressif des garanties fondamentales.
- Dénonce le comportement inhumain des autorités carcérales et judiciaires face aux conditions de santé des détenus. Selon les déclarations de sa famille, Ali Ghedamsi souffrait d’un cancer et n’a pas bénéficié des soins et traitements médicaux indispensables à son état. Cette privation constitue, aux yeux du CRLDHT, une cause directe de sa mort.
- Alerte l’opinion publique nationale et internationale sur le caractère non isolé de ce drame. De nombreux détenus, qu’ils soient politiques, d’opinion ou de droit commun, sont illégalement privés de soins médicaux, en violation de la Constitution, des articles 6 et 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que de l’article 17 de la loi organique n°52/2001 relative à l’organisation des prisons.
- Déplore l’attitude des juges d’instruction et des chambres d’accusation et de jugement, qui, sous l’influence du pouvoir exécutif, refusent systématiquement les demandes de mise en liberté provisoire, même lorsque les détenus présentent des fragilités élevées en matière de santé et ne constituent aucun danger pour la société, transformant ainsi la détention provisoire en sanction extrajudiciaire.
- Tient les autorités tunisiennes responsables de la grave détérioration de l’état de santé des détenus, du recours politique à la détention arbitraire et de l’obstination à priver les justiciables de leur droit à un procès équitable. Le CRLDHT exige que toute la lumière soit faite sur les causes exactes du décès d’Ali Ghedamsi et que les véritables responsables soient poursuivis.
- Rappelle que la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples avait déjà constaté ces manquements graves et ordonné à l’État tunisien, dans le cadre de l’affaire n°04/2023 en date du 28 octobre 2023, de garantir aux détenus le droit de communication avec leurs médecins.
- Appelle à une mobilisation urgente des organisations nationales et internationales de défense des droits humains pour protéger les détenus les plus vulnérables dont la santé est gravement menacée, et qui font l’objet d’un acharnement politico-sécuritaire susceptible d’alourdir le bilan des victimes de cette politique de négligence et de répression.