À l’occasion de la comparution d’Abdallah Saïd devant le tribunal de première instance de Médenine le 3 février, le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) exprime sa solidarité pleine et entière avec le défenseur des droits humains Abdallah Saïd, éducateur spécialisé au ministère de la Santé publique, militant associatif et acteur reconnu du champ humanitaire et social à Médenine.
Depuis plus de trente ans, Abdallah Saïd a consacré sa vie à l’accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité, notamment les personnes en situation de handicap, les enfants, les migrant·e·s, réfugié·e·s et demandeur·euse·s d’asile. Fondateur et président de l’Association Enfants de la Lune à Médenine, il a développé, avec ses équipes, des actions multiples : soutien psychosocial, accompagnement médical, programmes d’alphabétisation, encadrement des enfants déscolarisés, formation professionnelle, appui à l’autonomisation économique des femmes, ainsi que la mise à disposition d’un espace associatif ouvert à de nombreuses organisations locales. Ces activités ont été menées de manière transparente, dans le respect des lois en vigueur, souvent en coordination avec les autorités locales et en partenariat avec des institutions nationales et internationales.
Le 12 novembre 2024, Abdallah Saïd a été arrêté par les forces de sécurité tunisiennes et placé en garde à vue auprès de l’unité nationale de recherche dans les crimes financiers complexes, sans notification de charges précises. Cinq jours plus tard, son dossier a été transféré au pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, lequel a expressément constaté l’absence de tout élément à caractère terroriste et a décidé de renvoyer l’affaire au procureur de la République près le tribunal de première instance de Médenine.
Malgré cette absence reconnue de fondement terroriste, Abdallah Saïd est maintenu en détention depuis plus de 445 jours. Dans un premier temps, des accusations extrêmement graves lui ont été imputées, telles que la prétendue atteinte à la sûreté de l’État, le complot contre la sécurité intérieure et extérieure, ainsi que des chefs d’inculpation en lien avec des financements suspects. Ces accusations, à forte connotation politique, ont ensuite été progressivement abandonnées, pour être remplacées par des poursuites à caractère financier, sans que des éléments matériels probants ne soient rendus publics.
Les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés sont directement liés à son activité associative : assistance humanitaire à des migrant·e·s et réfugié·e·s, gestion de projets de soutien social, mobilisation de dons, partenariats avec des organisations nationales et internationales, et accompagnement de personnes vulnérables. Autrement dit, des actes de solidarité et d’action humanitaire, pourtant protégés par le droit tunisien et le droit international, sont instrumentalisés afin de justifier son maintien en détention.
Parallèlement, Abdallah Saïd a été la cible de campagnes de diffamation, d’attaques racistes et de discours de haine sur les réseaux sociaux, dans un contexte politique marqué par une stigmatisation croissante des migrant·e·s et une volonté manifeste de dissuader toute forme de solidarité à leur égard.
L’affaire Abdallah Saïd s’inscrit dans une dynamique plus large de criminalisation du travail associatif et de répression des défenseur·e·s des droits humains, en particulier celles et ceux engagés dans le champ de la migration, de l’anti-discrimination et de la justice sociale. Elle constitue une violation grave des principes de légalité, de présomption d’innocence, de proportionnalité des poursuites et du droit à un procès équitable.
En conséquence, le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie :
- Exprime sa solidarité totale et inconditionnelle avec Abdallah Saïd et sa famille ;
- Dénonce son arrestation et sa détention arbitraires depuis plus de 445 jours ;
- Affirme que les poursuites engagées contre lui relèvent d’une politique de criminalisation de la solidarité et de l’action civile ;
- Exige sa libération immédiate et l’abandon de toutes les charges à son encontre ;
- Appelle à la fin de toutes les formes de harcèlement judiciaire et administratif contre les défenseur·e·s des droits humains et les organisations de la société civile.
La solidarité n’est pas un crime.
L’action humanitaire n’est pas un crime.
Défendre la dignité humaine n’est pas un crime.
Tout notre soutien à Abdallah Saïd.
Paris, le 2 février 2026