« Apprends à nager » : chronique d’une justice noyée sous Kaïs Saïed

La Cour de cassation vient de valider un verdict d’impunité en confirmant, dans l’affaire Omar Laabidi, un an de prison avec sursis pour 12 policiers.

Les faits de l’affaire Omar Laabidi remontent au 31 mars 2018. Ce supporter du Club Africain, âgé de 19 ans, est décédé noyé dans l’oued Méliane en fuyant des policiers qui l’ont contraint à se jeter à l’eau en lui disant « taalem oum », littéralement « apprends à nager », alors qu’il les suppliait en demandant secours, car justement il ne savait pas nager.

Après une enquête bâclée et une instruction orientée en faveur des policiers mis en cause, sous la pression des syndicats de police et du ministère de l’Intérieur, et à la suite des mobilisations des supporters et de la société civile, 14 agents de police impliqués dans la mort d’Omar Laabidi sont traduits devant la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis. Ils le sont toutefois pour homicide involontaire, en contradiction flagrante avec les éléments factuels du dossier. Douze agents sont finalement condamnés à deux ans de prison.

En dépit des nombreuses violations évidentes de la procédure et du Code pénal, la Cour d’appel de Tunis, le 12 juillet 2024, a refusé la requalification des faits et confirmé la condamnation tout en réduisant la peine des 12 policiers à un an de prison avec sursis pour homicide involontaire. La Cour de cassation vient aujourd’hui confirmer ce verdict.

Les tueurs du jeune Omar Laabidi ne méritent, selon la justice tunisienne, même pas un jour de prison. Ils étaient d’ailleurs tout au long de l’affaire en état de liberté.

Le CRLDHT :

  • Condamne fermement cette négation du droit à la vie d’un citoyen et réclame que justice soit faite pour Omar Laabidi et sa famille.
  • Considère que les autorités judiciaires et sécuritaires tunisiennes qui ont traité, ou plutôt maltraité, ce dossier sont complices du meurtre du jeune supporter.
  • Dénonce l’impunité dont jouissent les forces de police, qui n’est qu’une incitation de la justice à la violence et à l’homicide des citoyens, et une contrepartie de la relation clientéliste entre le président Kaïs Saïed et les forces sécuritaires du pays, lesquelles ont appuyé et protègent toujours la dérive autoritaire issue du coup d’État du 25 juillet 2021.
  • Rappelle la société civile ainsi que les citoyennes et citoyens tunisiens à rompre avec ce régime répressif et cette justice aux ordres, et à se réapproprier leur destin par la résistance civile et pacifique.
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